janvier 7, 2008 par miss landry

Bienvenue

J’aurais pu recommencer avec rien que du neuf. J’ai plutôt trainé toutes mes affaires avec moi.

janvier 7, 2008 par miss landry

Résolutions 2008

-Me coucher chaque soir avec les dents propres

-Ne plus être jalouse de la bonde de mon ex

-Ne plus comparer mes notes à la moyenne du groupe

-Me répandre en amour

-Être tous les jours ma meilleure amie

Grosse bise et bonne nouvelle année à vous, je vous la souhaite remplie de terres encore inconquises, de petits bonheurs qui rendent meilleur.

Allez hop!

Rêverie

Rêverie, c’est le titre de la nouvelle chanson des Rita Mitsouko que je fredonne en boucle. Elle parle d’une jeune femme en fleur, de l’amour d’un jeune homme en fleur pour la jeune femme en fleur.J’aimerais être encore de ces jeunes femmes en fleur.


Acidalie
Déjà la mi-session. Je garde mon blogue ouvert parce que c’est ma page à moi et que je m’y épancherai en décembre quand j’aurai mon long congé d’étudiante survivante. J’ai bien quelques histoires qui me taraudent, s’incrustent à force d’attendre, mais le temps me manque et la discipline me tient ferme.

Ah tiens, un coup de balayeuse s’impose. Est-ce bien sage de me laisser aller à ce caprice de second ordre? Il faut pourtant étudier, travailler. Écrire un peu. Écrire un peu en plus! Tu exagères! Écouter Vanessa Paradis, son dernier disque, c’est léger, foufou, je danse un peu. Bon, les études. Et si je déplaçais ma table de travail? Suffit d’essayer. Déplacer les meubles, soupeser le confort potentiel de l’intellect. Non. Déplacer les meubles, tenter. Voilà qui me plaît! La couleur des murs par contre. Une petite lampe par ici, tiens ce serait magnifique…


Profiter


La maman d’un copain de classe de ma fille a été emportée ce matin par la leucémie. Nous organisions les fêtes de l’école ensemble depuis quelques années.

Difficile de penser qu’une femme si débordante de vie, si colorée puisse en arriver de façon si fulgurante à son dernier souffle.

Comme quoi, encore une fois, bien que nous le savons, tout est éphémère.

Elle aura su rayonner à la mesure du plus rayonnant, dans ce qu’il y a de plus lumineux.

Le ciel pleure aujourd’hui, ou est-ce toi Marie-Claude qui pleure à l’idée de ne plus voir ton fils grandir?

Ta joie, ta force sont présentes en lui, il ne le sait pas encore peut-être, il verra.

À tes hommes, je pense à vous très fort.

Marie-Claude, tu es là pour toujours.

 

Observatoire 4-09
Je lis, j’étudie, je comprends, je mange des cerises de terre.
Je loue la séries des Contes pour tous, Dix boit un chocolat chaud et invite des amies à sa journée:films, milk shakes,
chocolat chaud et pop corn,
pour filles seulement
Le chat est finalement admis.

Moi, je comprends les concepts chinois qui sont parfois Taoïstes.
Salomé va aux pommes, je me dessine à l’encre sur le corps les systèmes des méridiens que je comprends pas encore. Nous pelons les fruits après le souper pour en faire de la compote.Dix me demande chaque jours:- Tu as des trucs que tu veux que je te demande pour t’aider à étudier?Moi, je l’aime.

La voile
Quel long silence. J’ai débuté mes cours. L’acupuncture en tant que médecine traditionnelle chinoise est un puit sans fond, une source sans fin, un met aux mille subtilités. J’élabore une méthode de travail pour bien enligner ma coque. Je prends le large, l’air est bon, les vents me prennent comme plusieurs amants.Je me rassemble et me ressemble de plus en plus.


La vie comme une pomme
Demain sera une belle journée, je le sais, je le sais, parce que demain me ramène Dix.Bon c’est fini, je vous dis, je ne chiale plus.


Live your best life
Things to think
Think in ways you’ve never thought before.
If the phone rings, think of it as carrying a message
Larger than anything you’ve ever heard,
Vaster than a hundred lines of Yeats.Think that someone may bring a bear to your door,
Maybe wounded and deranged; or think that a moose
Has risen out of the lake, and his carrying on his antlers
A child of your own whom you’ve never seen.
When someone knocks on the door, think that he’s about
To give you something large: tell you you’re forgiven,
Or that it’s not necessary to work all the time, or that it’s
Been decided that if you lie down no one will die.

Robert Bly

De travers

 

Après m’être fait voler mes derniers billets de vingt au parc Lafontaine, je me suis volatilisée chez des amis à la campagne pour quelques jours.

Laisser le temps à toutes ces ecchymoses violets qui courent dans mon cou, sur mes genoux et mes bras de se diluer au fond du lac de sable.

Le retour en ville me laisse perdue, faisandée. La troublante impression d’avoir perdu toutes mes forces emmagasinées durant l’hiver.

Évidemment, je tais le fait que je me suis moi-même mise en situation de danger.

Décidément, ce n’est pas un de ces étés qu’on mettrait en couverture du Paris Match: Amoureux, ils s’envolent vers une île déserte offerte en cadeau de mariage ou La famille Lilas enfin réunis, ils sont plus beaux que jamais!

 

Ouch…

Je ne veux pas être comme toi

Elle aimerait que je sois contente pour elle de ce voyage au Mexique. Pas faire semblant, être vrai de vrai contente. Elle flaire à cent mille à l’heure ma jalousie de les voir partir sans moi. Elle est déçue.

Comme si quelques secondes avant elle avait jaugé ma vie derrière mon épaule et qu’elle désapprouvait ce qu’elle avait vu, elle se fait grave :


-Tu sais maman, je n’ai pas envie d’avoir une vie où il m’arrive beaucoup de choses difficiles comme il t’en est arrivée à toi. Moi, j’ai envie d’avoir une vie simple et calme, d’être heureuse et de continuer à voyager.

Ses mots me laissent la brûlante sensation d’être soudain trahie par la personne de qui je me suis toujours sentie le plus près, trahie par le fait que cette enfant choisisse de ne pas être comme moi et ne me ressemble peut-être pas autant que je me l’imaginais, tout compte fait. Je suis reléguée, l’égo béant.

 

-Bien souvent Dix, les moments difficiles sont des moments où on apprend énormément de la vie, où l’on apprend beaucoup sur soi-même.

-Comme quoi?

 

-On apprend par exemple que l’on a la force en soi de surmonter toutes les épreuves qui se présentent à nous. Ainsi, on a donc moins peur d’oser de grandes choses ou de prendre des décisions qui comportent une part d’inconnu, qui nous amèneraient sur des terrains inconnus où il y aura peut-être, gardant l’entrée d’une superbe clairière avec des chevaux et des lapins, quelques monstres à combattre.

 

-Des chevaux et des lapins! C’est drôle maman ce que tu racontes.

 

-C’était pour garder ton attention. J’ai la conviction que nous sommes en vie pour apprendre, pour grandir, pour comprendre, pour donner le meilleur de soi-même, et c’est en faisant des expériences que l’on parvient à tout ça.

-Un peu comme un scientifique qui fait des expériences pour voir ce que ça donnera et qui parfois arrive à créer une potion magique?

-Oui. Et tu sais, parfois il rate son coup mais ça lui sert de leçon pour la suite de ses expériences, il sait ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et il avance comme ça, en cherchant ce qui fera éclater son génie. Il n’a pas peur de se tromper.

Et si elle était déjà consciente de cette lumière en elle, de son potentiel, de son génie? Et si elle n’avait pas besoin comme moi de prendre toutes sortes de détours, de s’écorcher les pieds pour comprendre la vie? Ou peut-être n’est-elle tout simplement pas une battante, une Jeanne d’Arc, la guerrière que je suis?

 

-Penses-tu que j’aurai beaucoup d’argent dans la vie? Que je serai riche?

Un peu comme si, nous regardant vivre tous les deux, son père et moi, elle avait opté pour ce qui lui apparaissait le plus simple, le plus facile, une vie comme celle de son père.

Étendue sur mon lit, le regard pétillant, je la sens rêveuse. Depuis quelques temps, elle me parle sans cesse de toutes ces choses qu’ils ont achetés, avec son papa, ou qu’ils se payeront au cours de l’année : voiture, voyages au Mexique, en France, appareils-photo, maison sur la mer, bicyclette, consoles de jeux.

Et pourquoi ne pourrait-elle pas choisir l’abondance?

À dix ans, Dix a déjà choisi son camp. Celui du bonheur et de l’abondance.

Et si le chemin sinueux que j’avais délibérément entrepris avait pour but celui de permettre à ma fille de constater que ce n’était pas ce dont elle avait envie? N’étais-ce pas comme si je lui avais défriché un bout de sentier? Comme si je lui avais conquis quelques terres fertiles où il fera désormais bon vivre?

La douleur naît de la perte de mon rôle de modèle ultime que j’avais acquis auprès de ma fille, plus que du fait qu’elle soit différente de moi.


Observatoire no. 27

Ce n’est pas tant que je ne supporte pas la solitude, que le fait que quand elle n’est plus là, ma Dix, que moi j’y suis encore, là, en ce même endroit. Son absence met de l’avant mon unitude, mon manque à l’autre.

 

 

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Nom d’emprunt
Eder aurait aussi pu jouer la fille cool.- Hey! T’es populaire mec! Est-ce la fille dont tu me parlais qui te fait des offres dont tu ne peux refuser? Tu veux me la présenter? Allez!
Peu importe.Kimatz est parti chez lui. Il a du baiser comme un cochon. Eder imagine le sexe de Kimatz tendu au-dessus du corps de cette femme à la chevelure ronde.

Retails et boutures (automatisme)

Samedi midi devant un café. Les hommes et leur femme sentent l’amour et le sexe doux. Je m’amuse à inventer leur rencontre, ce qui fut mis en place pour que le déclic se fasse, quelles opérations fut nécessaires. J’aimerais faire un film, un documentaire là-dessus.Comparativement aux types osseux comme moi, les êtres de chair et de rondeurs sont plus heureux de par leur superficie corporelle, de par la capacité de leur dimension corporelle à laisser courir l’amour et le bonheur sur leur peau.Lu dans les petites annonces du journal Voir de Montréal du 5 juillet 07:Jeune professionnel de 40 ans présentement en prison, très à l’aise financièrement, cherche très jolie jeune femme de 22 à 28 ans pour développer une relation sérieuse. Si tu cherches un homme qui prendra soin de toi, je suis l’homme qu’il te faut.Décidément l’été m’angoisse, cette étape d’entre deux. Les enfants seront-ils satisfaits de leurs vacances? Aurai-je assez de lingots pour subvenir à nos rêves estivaux? Je bois un vermouth de pomme pour diluer mes pensées, leur rendre leur souplesse. Et cet automne? Et les trois prochaines années à venir? Pourrai-je subvenir aux besoins de ma famille tout en étudiant? Autrement, plus obsédant encore, cette impression d’irréalité, la nuit quand je me réveille, quand mes rêves sont petits, comme enchaînés.

Je me sens diminuée par le fait de ne pas être choisie, diminuée dans mon corps qui tout à coup m’apparaît démesurément petit. Est-il un manque de propension à l’amour qu’un petit corps? Je repense soudain à cette expression connue que dans les petits pots se trouve les meilleurs onguents. Je me délie, ça me détend de rire un peu.Dans le journal, une photo de l’artiste Emily Carr dans son atelier vers 1939 est assez pour me faire voyager. Je me transporte vers cette portion de rêves qui ne m’appartiennent pas.Le problème vient-il de moi? Peut-être n’ai-je pas l’air sérieuse? Avec mes deux enfants de pères différents, mon attitude à ne pas me prendre au sérieux moi-même?Je regarde mes enfants, leur peau de fruit rond, leurs mains lisses, je me sens soudainement vieillie. Je ne m’étais pas rendue compte de mon nouvel état avant cet instant précis.La Malbaie, nous sommes dans les bois sauvages pour la semaine. Les enfants sont partis cueillir des fleurs pour la table du souper que j’ai installée en amont du ruisseau. Je ne les entends plus mais je ne m’inquiète pas.Nos deux invitées pour la semaine, deux soeurs amies de Dix et Treize, très brillantes, très gentilles, très attentionnées, ont peur des insectes, des orages et d’avoir les mains sales. Je constate avec satisfaction que mes enfants se sentent ici dans leur élément, qu’ils ne sont pas citadins pervertis.Descendus vers la ville, à la demande générale nous faisons une partie de miniput à côté du bureau d’info touristique de la région. J’encourage Dix qui se trouve full poche en lui rappelant qu’elle n’a pas souvent l’occasion de se pratiquer. Elle me rétorque que bien au contraire lorsqu’elle est en vacances à la plage avec son papa et tout le bras de famille paternelle, ils jouent chaque soirs après le souper. Je me demande ce que j’aurais bien fait avec un homme qui se divertit au miniput soir après soir de vacances.

HolÀ!
Me voilà de retour. Un peu bronzée, un peu stressée de ce retour imminent dans la sphère estudiantine. Prax m’a fait un hommage tout plein de liberté à travers un petit texte estival pas piqué des vers.Bonne lecture!

Baiser salée
D’abord, je suis tombée sur une scène magnifiquement torride du film Carne Tremula, l’un de mes préférés de Pedro Almodovar.Aussi, je suis encore tombée amoureuse, encore! cette fois-ci dans la section musique chez Renaud-Bray, écouteur aux oreilles. Le superbe type se nomme Souleymane Diamanka, et son disque, l’hiver Peul, est un hymne de poésie pure, hymne au mouvement Slam, à nos racines, les siennes.

La preuve
Ils s’étaient connus il y a douze ans. À l’époque, ils s’échangeaient des textes érotiques qu’ils écrivaient chacun dans leur chambre respective à l’étage d’une petite maison qu’ils avaient louée sur l’Ile d’Orléans. C’était une idée d’elle, le fait de faire chambre à part, elle aimait l’idée qu’il devait tous les jours la séduire pour qu’elle l’invite au creux de sa couche joliment coincée entre le mur duquel se dessinait une grande fenêtre et sa table de travail jonchés de rognures de romans hypothétiques qu’elle ne terminerait jamais.Ainsi par la fente de sa porte lui parvenait de petites nouvelles érotiques qu’il lui glissait en guise de visa temporaire pour la nuit; il était nettement plus doué qu’elle en la matière. Dommage qu’il ait laissé tomber l’écriture à un certain moment, l’écriture et tout son potentiel érotique. Elle lui pardonnait difficilement d’avoir bêtement concédé sa vie à une femme de qui il ne serait pas amoureux, qu’il ne désirait pas.
C’est elle qui avait voulu prendre le large, besoin de vivre beaucoup de choses, pour pouvoir faire des choix, non pas les bons, plutôt les vrais, c’est ce qu’elle comprenait maintenant. Ils se seraient effrités comme la roche calcaire entre les doigts au bout d’un moment. Ils n’étaient pas prêts, trop jeunes.Ça l’avait rendu fou malheureux.Ce soir-là, c’était bon de voir l’homme qu’il était devenu.

Bénédictine

Je fouille dans mes papiers sur le bureau. L’étagère. La table de nuit. Pas de trace. Cherche dans le tiroir du bahut de la salle à dîner, dans la bibliothèque, peut-être s’est-elle glissée entre deux livres, toujours rien. J’ai le coeur littéralement brisé à l’idée de l’avoir réellement perdue. Reste les bacs de recyclage sur le trottoir. Faisant rapidement suite à mes pensées, de la fenêtre, le camion vert remonte la rue, se gare devant la maison et coupe le moteur. Prennent une pause, fait chaud, z’ont chaud. Je dévale l’escalier nus pieds avec un grand sac, question de transvider le contenu ne faisant pas l’objet de ma quête. Journal déplie journal secoue journal déplie secoue carton de lait carton de jus photos de pigeons glissés par mon père dans ma carte de fête (pardon papa) et LA VOILÀ! soigneusement pliée en trois, toute sage, MA PETITE LETTRE MAUVE, réchappée, rescapée juste à temps, pour Maman de Dix, à laquelle manque un petit carré dans le coin droit, une découpure, peut-être s’en est-elle gardé un petit bout, je n’ai jamais posé la question.

Fière, encore, je relis ma lettre :

Allo! Maman. Je t’aime, bonne fête! J’espère que tu vas aimé tout tes cadeaux et qu’il fera beau le jour où tu vas la fêter! J’espère aussi que tu m’inviteras et que tu inviteras tout s’eux que tu aimes et qu’ils viendront tous! Je te souhaite du bonheur, un beau 33 ans… J’aime quand nous sommes ensemble. Je m’excuse pour toutes les fois où nous nous sommes chicané et que s’était de ma faute! Je m’excuse de ne pas avoir de cadeau! Pour l’instant, c’est toi qui me fait le cadeau de ton amour…

SLO


Observatoire no.25
Pas le moindre vent dans les arbres.
Pas d’homme, ni d’animaux, pas le moindre piaillement d’oiseaux.
Tout est calme, opaque.
Je me sens seule, centrée sur moi-même.
Seule au milieu de la scène, comme si tout m’observait.Le ciel, l’espace, l’horizon, l’air, tout m’observe pesamment.
Je ne fais plus partie d’un ensemble à la manière d’un élément, je suis le noyau.Mais je ne donne pas vie.Je ne sème pas tout autour, me dosant d’amour et d’attention pour tout ce qui m’entoure, non. Je suis concentrée en moi-même, bouillonnante, perplexe, incertaine, inabondante.
Embrouillée par tout ce qui est trop près de la vue, dans mon brouhaha implacable.Je perds contact avec toute réalité pour n’aborder que celle-là seule que peut contenir mon corps maintenu au-dessus, flottant.J’ai manqué d’ancrage à un moment ou à un autre.

Je trébuche sur des questions comme vais-je aller souper chez mon frère, ou rencontrer cet ami, ou accepter l’invitation à la petite fête chez Jacinthe et Frédéric? Toute la journée je fais des choix en les regrettant amèrement tout de suite après comme si c’était d’une importance capitale.

Qu’on me fasse une saignée, quelque chose.

Tiens, les oiseaux se font entendre à nouveau. On dirait qu’ils se lancent de longs sifflets d’arbre en arbre.

L’épais gris se troue. Le ciel se détache en coton.

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Trente-trois
Aujourd’hui mon anniversaire. Je traîne pour la deuxième fois de ce mois une gastro qui me laisse la peau sur les os. Pas grave. Je suis contente d’avoir 33 ans.

Le goût des jeunes femmes
J’ai le goût de me baigner.
De marcher jusqu’à la piscine Laurier avec Dix qui me raconte tout.
Mon anniversaire dans une semaine, j’aimerais réaliser une sorte de Bye Bye humoristique sur différents épisodes de cette dernière année, l’année de mes trente-deux ans. Rire de moi un peu, souligner mes bons coups.
J’ai le goût de cultiver mon enfant rebelle.J’ai le goût de ne plus m’en vouloir, de ne jamais avoir peur.J’ai envie que ma parole soit toujours impeccable, que jamais elle ne blesse les gens que j’aime ni personne.J’ai le goût d’être tout amour, que ça fasse une différence.J’ai le goût de dormir à la belle étoile avec mes enfants, avec mon fils de qui je m’ennuie, qu’on se dise les vraies affaires tous les deux.

TAG!

Galadriel m’ayant donné la tag il y a de cela une bonne semaine, me voici donc à mes devoirs. Chaque personne décrit sept choses à propos d’elle-même. Ceux qui ont été tagué doivent écrire sur leur blogue ces sept choses ainsi que les règlements et ensuite taguer sept autres personnes qui seront clairement énumérés. Un message dans leur blogue respectif annoncera à ces personnes qu’ils ont été tagué tout en les intimant à lire votre blogue.

Je suis à mon clavier qui me réserve la surprise de ce que seront ces sept choses sur moi.
Je laisse courir mes doigts.
Un, deux, trois, go.

Je n’ai pratiquement jamais eu de portefeuille, porte-monnaie, jamais de montre. Il y a environs deux ans, je me suis convertie au sac à main, avant je traînais mes petites babioles de femme dans divers sacs, parfois en plastique.

L’an dernier, je me suis achetée un lit chez Ikéa. Après avoir sacré près d’une heure comme prescrit dans le guide d’assemblage, balance mon vieux matelas dans la structure de bois pour m’apercevoir que ledit matelas est double et la structure queen. Un an plus tard, je tolère toujours cette situation.

Mardi le 19 juin me sera livré un nouveau matelas format grand amour.

Histoire de matelas no.3. L’été dernier, par une soirée spectaculairement moite et chaude, je suis tombée sous le charme d’un jeune acteur Américain de L.A. beau comme un ange. En ville pour la fin de semaine en compagnie de sa bande de joyeux lurons, il fêtait les 33 ans d’un de ses amis dans la plus grosse boite de nuit du Vieux-Montréal. Il était à peine une heure du matin quand nous avons sauté dans un taxi. J’avais enfilé ce soir-là un de mes petits tops-tubes Philippe Dubuc à 150$ que je n’étrenne que dans de grandes occasions, non pas pour les raisons que vous vous imaginez mais plutôt parce qu’une fois sur le dos, il est pratiquement impossible à enlever sans suer tout son petit liquide. Toujours est-il qu’une fois chez moi, la moiteur de cette nuit de canicule rendant la manœuvre quasi-impossible, après une interminable minute de bataille franche, je taillai à grand coup de ciseau le petit tissu finement cousu par Monsieur Dubuc ou son assistante, délivrant ainsi mon petit corps dévoré d’envies multiples. On rit de moi quand je raconte que le lendemain je pouvais tordre les draps et qu’il a fallu trois jours à mon matelas pour sécher. Vous ne me croyez pas!? J’aurais mis ma main au feu.

À deux mois de grossesse, dans les trois cas, je connaissais intuitivement le sexe des enfants que je portais et malheur à celui qui avançait qu’il était du domaine du possible que je me trompe.

À dix ans, ma mère qui n’était pas souvent à la maison me laissait 5o$ par semaine pour que je nous fasse une épicerie à ma jeune soeur et à moi. Je partais au marché du coin armée de ma calculatrice pour m’assurer que biscuits à la mélasse, Cup a Soup et céréales à déjeuner ne dépassaient pas les 50$ alignés qui nous faisaient office de mère à l’époque.

Voilà!

TQS

Trois jours sur le carreau (je trouve cette expression savoureuse! Je me vois couchée par terre, sur les carrelage de la salle de bain…).

Trois jours alitée.
Trois jours de jeûne forcé, à lire, à me perdre dans le visionnement du film d’après-midi de TQS (savez, quand c’est tellement moche que c’en est captivant…), à me lever tout de même, la tête bourdonnante et l’estomac pris de vertige, pour préparer les repas de ma grande Dix, à lui désinfecter aussi trois fois par jour (la tête bourdonnante et l’estomac pris de vertige) sa jambe transformée par un gros bobo purulent, son souvenir du Tour de l’Île.

Ce matin, en mettant le pieds dans la cuisine, je suis de nouveau prise d’étourdissement en voyant la vaisselle qui a envahi toutes surfaces planes telle une plante tentacule des mauvais films d’après-midi. Nous déjeunons tranquille, à la table. Je me sens mieux. Je mange un bout de pain et un fruit.

Avant de partir pour l’école, Dix me lance:

-Maman, aujourd’hui ton défi sera de faire la vaisselle!

Ah! Ce qu’ils sont avenants ces enfants!

Mandela


Au milieu de la vingtaine, je suis tombée sur un extrait du discours de Nelson Mandela lors de son intronisation en Afrique du Sud en 1994. Je l’avais recopié sur un bout de papier et l’avais affiché sur le frigo où il y est resté longtemps. En faisant le tri de mes boites de paperasse, j’ai redécouvert le petit bout de papier écornée qui avait été très significatif pour moi à l’époque:

Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. Nous nous posons la question: qui suis-je moi pour être merveilleux, brillant, radieux, talentueux? En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être? Vous êtes enfants de l’Univers (le mot original étant Dieu, je l’avais changé pour les besoins de ma cause). Vous restreindre vivre petit, ne rend pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter l’insécurité des autres. Nous sommes nés pour rendre manifeste l’Univers qui est en nous.

Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus: elle est en chacun de nous, et au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre peur, notre présence libère automatiquement les autres.

Survivor
Décidément, je ne suis pas chanceuse en amour. Chaque fois je me retrouve face à la même problématique. Et si j’étais la seule célibataire survivante sur terre?

Cher journal

Aujourd’hui, je me suis mise toute belle. Je suis en route vers l’école de Dix à qui j’ai promis un pique-nique ce midi.
J’arrive un peu d’avance espérant avoir le plaisir d’y trouver Normand. Dans la cour, je choisis un banc inondé de soleil. Je ferme les yeux et j’attends que la cloche sonne. Mes comportements amoureux ne prennent pas d’âge avec le temps. Je veux dire qu’en amour, je suis comme à dix ans et que je rêvasse que Normand se penche sur moi en prenant mon visage entre ses grandes mains.

Il y a quelques semaines, nous avions discutés sur ce banc. Il m’avait subtilement glissé qu’il était séparé depuis deux ans, qu’ils s’entendaient pour le mieux avec son ex et partageaient la garde de Mona leur petite fille de onze ans. Il y a cinq ou six ans, j’avais sympathisé avec le couple dont la petite avait été brièvement l’amie de Dix.

On avait discuté de sa carrière qui allait pour le mieux.

-C’est pas tous les jours facile la musique, mais je ne changerais pour rien au monde.

-De toute façon Normand, je dis en taquinant, c’est pas à ton âge que tu changeras de métier.

Il rit.

-T’as bien raison, c’est pas à quarante-sept ans que j’apprendrai un nouveau métier.

-Tu n’y peux rien, c’est la musique qui t’as choisi!

On rit un peu. On est content d’être là.

-Coucou!

Ma bonne amie Renée Ann se tient devant moi avec sa petite fée nouvelle-née dans ses bras. Je sors de ma torpeur.

-Prête pour le pique nique? Qu’est-ce que tu dis du petit parc à côté?

Je vois sortir la petite Mona fille de musicien, par la grande porte d’où se déverse soudainement tout le contenu de l’école. Elle quitte la cour avec une amie, pas de papa en vue. Dix et Morgane, une des filles de Renée Ann, se détachent du flot et s’avancent vers nous.

Je quitte mon banc pour accueillir les filles.

Cher journal, on s’en reparle bientôt veux-tu?

.

En pensant à toi cher ami

Aujourd’hui, je paresse un peu en vous laissant avec les mots d’une superbe femme. Je les lui emprunte pour les besoins d’une bonne cause.
Hoy vuelvo a la frontera
Otra vez he de atravesar
Es el viento que me manda

Que me empuja a la frontera
Y que borra el camino
Que detrás desaparece

Me arrastro bajo el cielo
Y las nubes del invierno
Es el viento que las manda
Y no hay nadie que las pare
A veces combate despiadado
A veces baile
Y a vecesnada

Hoy cruzo la frontera
Bajo el cielo
Bajo el cielo
Es el viento que me manda
Bajo el cielo de acero
Soy el punto negro que anda
A las orillas de la suerte Aujourd’hui je traverse la frontière Sous le ciel Sous le ciel C’est le vent qui me commande Sous le ciel acier Je suis le point noir qui avance Aux abords de la chance A las orillas de la suerte
Un autre très beau texte de Lhasa de Sela initialement en espagnol
Pallegar a tu lado
Je remercie ton corps
De m’avoir attendue

Il a fallu que je me perde
Pour arriver à tes côtés

Je remercie tes bras
De m’avoir atteinte
Il a fallu que je m’éloigne
Pour arriver à tes côtés

Je remercie tes mains
De m’avoir supportée
Il a fallu que je me brûle
Pour arriver à tes côtés

petite fleur des champs
C’est trop chou, fallait que je le partage avec vous. C’est une oeuvre de Noam Gonick et Luis Jacob exposée jusqu’au mois de juillet dans le cadre de La Biennale au Parisian Laundry sur la rue St-Antoine.

You’ve come a long
way baby
J’ai rêvé de vous. Nous visitions une ville étrangère. Votre femme était là et ma soeur peut-être. Nous étions amoureux. Pas avec la langue ni dans le bruissement des mains qui se cherchent, non.En silence.La situation n’était pas idéale et je me suis forcée à me réveiller parce que je dormais dans une position douloureuse.

.

Ma voix s’assoit en toi J’ai toujours eu le courage de mes désirs


Les mots aimantés
Les gens laissent des traces sous forme d’agencement littéraire sur mon frigo. Souvent Dix, parfois ses copines, d’autres fois ça reste un mystère… En voici un échantillonnage.Je me sens parfois aveugle en jupe liquide
Je suis le juge angéliqueTu as une fesse mécaniquePersonne n’a de chaussettes immobiles (celle-là est bonne!)J’ai un labyrinthe d’où les seins saignentLe gros matin acide révèle la beauté des cuisses


Toutes voiles
Se peut-il que je ne vous aime pas sous prétexte que je ne vous connais pas? Nous savons bien qu’en réalité nous faisons peu de cas de telles équations. On aime d’abord quelque chose que l’on perçoit, réel ou pas on s’en fout pour autant qu’on vibre, cet autre souvent n’est qu’un capteur du reflet de nos désirs.J’aime bien ce que je vois de toi, c’est ça que je voulais dire. Il est important de se répandre en amour, ne pas garder ça pour soi, pourrait nous donner une impression de petitesse, étroitesse, limites corporelles, imperméabilité, microcosme qui s’ennuie au fond des longues nuits. Faut être comme la cru au printemps, se foutre en dehors de notre lit, embrasser ailleurs, partout.
Parlons bateau. Vous savez comme j’aime les bateaux.C’est pas toujours facile de mener seule son embarcation. Ne s’en remettre entre les mains de personne d’autre que soi.Tu sais, ça a ses avantages aussi:- Hé chéri, nous ferais-tu le plaisir de nous débarrasser de tes chaussettes sales qui trainent sur le pont avant?Comme ce serait magnifique de partir sur un vrai bateau, en silence, manœuvrer. La peau gorgée de particules salines. On changerait sans le savoir, c’est seulement après coup, une fois sur la terre ferme, après plusieurs mois qu’on soupèserait vraiment la transformation qui s’est effectuée en nous.

Un corps souple et patient. Un regard qui en dit long comme la mer, coi.

Je divague, c’est le cas de le dire, je vague, je vogue, je m’envogue.


Douze singes

C’est à mon tour d’être dans la vague, submergée de petites tristesses bien réelles en couches superposées. C’est que j’ai plusieurs raisons valables d’être triste.
De ma table de travail, je vois par la fenêtre le parc en face de chez moi et l’arbre en fleurs dont je ne connais pas le nom sous lequel nous avons enterrés tous nos animaux morts au cours des dernières années. Des petites fleurs roses pâles comme du papier mince chiffonné.Un père s’amuse comme un fou avec son fils d’âge scolaire dans un espèce de balançoire, un balancier en forme de canard. Doivent faire l’école buissonnière ces deux-là. La grande vie quoi. On voudrait ne s’attarder qu’à ça. Gagner son temps à toutes ces choses simples.

Hach tou ya woun tounk poung*
De chez toi à chez moi la route est belle. La lune coupe la nuit en deux. J’avais mon pied au fond de ta main, toi grimpé sur une chaise et moi plus longue que jamais dans le toit cathédrale
je tendais la main pour rescaper tes ballons d’anniversaire, je n’avais pas peur. Comme je grimpe aux arbres depuis mon enfance, j’ai l’habitude de tomber.Bonne fête mon ami, je t’aime.

*chanson de bonne fête

Je travaille sur un texte qui n’est pas autobiographique. Ceci est un work in progress.
Anamour
Je suis assise dans la voiture qui roule sur l’autoroute. Je me demande si cette femme qu’est ma tante ne devrait pas se taire. Pourquoi ai-je à entendre toutes ces histoires à propos de sa mère, ma grand-mère, et de ma mère, qu’est-ce que j’en ai à foutre? Pourquoi? L’air de la voiture est saturée du manque. Je cherche à ouvrir. Laisser l’extérieur souffler les mots hors de l’habitacle. Je pleure, j’aimerais que cette femme se taise, j’ai trente-trois ans et je pleure comme si je n’avais jamais cessé d’avoir dix ans, attendant ma mère qui ne rentrera pas.

Ma grand-mère se barbouille les yeux et les joues, elle a tendance à exagérer sur le rouge à lèvres à la manière des petites filles, ça lui donne l’air d’avoir quatre ans.
Elle s’habille comme une poupée mal fagotée, la robe à pois de l’autre, la plus mince à qui lui manque un bras, ça ne lui va pas du tout. Parfois elle sent le pipi. On ne lui dit pas, on ne lui dit presque plus rien. Tu me l’as déjà dit Mamie. Quoi? Non c’est pas le moment de partir, reste tranquille on te dira quand ce sera le moment.

Je suis partagée entre le désir d’aider cette femme frêle et de la haïr, par principe j’entends, par personne interposée si on veut. Je regarde cette femme amoindrie par le retour à l’enfance et mes sentiments sont confus. J’ai envie de lui cracher mon vide au visage, au lieu je caresse sa joue, m’attarde un instant, l’aidant à enfiler son manteau.

Je n’ai pas besoin de regarder derrière moi pour voir que la souffrance a existé, je n’ai pas besoin qu’elle m’en parle et insiste, tu m’entends! Les mots sont inutiles, je sais tout ça, j’en suis le résultat génétique, coule de source. Cette misère qui s’est léguée de mère en fille depuis plusieurs générations, je la porte en moi comme une rivière qui ne s’essoufle pas. Je souffre pour ma mère, je souffre pour ma grand-mère, je souffre de ce gêne de non-amour qui s’écoule en moi, en réseau complexe.
Ma grand-mère vénérait son fils. Son cadet et seul mâle de quatre enfants. Ses trois filles, non, pas vénérées, aimées tout croche, un peu, par conditionnement.

J’aimerais croire que cette femme fragile ne soit pas le monstre qu’elle a été. Que cette femme retournée à l’enfance, en faisant marche arrière, de ses petits pieds traînant a effacé du même coup ses pas sur la route, que peut-être lui caressant la joue, elle poussera grandit, aimera, désormais aimé.

La voiture avance sur l’autoroute et ma tante ne cesse de parler mais je l’écoute à peine. Je me suis souvenue aujourd’hui en acceptant son invitation à dîner pourquoi je fuyais les réunions familiales.

Bonjour, je te présente ma blonde J. Bonjour J., je suis la fille de Y. que j’ai du préciser en la voyant froncer les sourcils, cherchant. J. fait partie de la famille depuis un bon moment mais évidemment n’avait jamais rencontrée le fantôme que je suis devenue pour la branche maternelle de mon arbre. Branche maternelle, quelle ironie. Existe-t-il véritablement un arbre qui ne produit que des fruits tuméfiés?

Je suis un fruit tombé à côté de l’arbre fort de l’anamour.
Je suis la fille de Y.

Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas la fille de Y. Dans la vie de tous les jours, je suis cette enfant fille devenue femme qui n’est la fille de personne. Je ne suis l’enfant de personne comme on dit pourpre aux joues voici mon fils, voici ma fille, Ôui c’est la mienne, oui et Ô que Ah! elle est belle. Je suis la fille de Y. s’entend comme bonjour j’ai été une enfant époussetée à la hâte, le résultat tangible le plus récent d’une longue lignée d’ananour, je suis née au bord du lit, dans le cri qui glisse en même temps que l’enfant sur l’étal des enfants mis au monde par mégarde, ou par défaut peut-être, à défaut de, par désir au plus crisse de mettre fin au manquement, à la béance, comme un événement cathartique, qui sait, peut-être, il faut croire, y voir une issue…

Par mon refus qui prend racines dans mes seins, qui coule de moi à ma fille comme une soupe chaude, un remède à fendre le mal en deux, à nourrir la terre, j’ai la certitude que ce gêne d’anamour prendra fin avec et par moi. La dernière sur la liste.
Je suis cette enfant fille laissée sur le palier que j’allaite doucement, tiède et mesurée en berçant, lovée dans le maternage et les landes irrigués de mon



À pieds

nos voeux à pieds à terre dans nos mains
endimanché l’un de l’autre

un vêtement usé qu’on aime qui glisse à l’aube de tous les jours
sur nos corps simples
assouplis
à force

Le monde respire
montre du doigt
partout

la vie est vaste

Les Surréalistes

Le bonheur est un risque ultime.

J’étudie les couples mythiques. À quel âge se sont-ils rencontrés? Je suis une bête d’espérance.

Ah. Tiens, la photographe Ré Soupault, née Erna Meyer en 1901, a rencontré celui qui deviendra son mari, Philippe Soupault, à l’âge de 32 ans.

Cet autoportrait de Ré est est ma photo préférée.

Un extrait d’un article:

Je l’ai vu pour la première fois lors de la « Fête de la Révolution » le 7 novembre 1933 à l’ambassade soviétique où le Tout-Paris intellectuel se rencontrait. Il rentrait d’un reportage en Union soviétique et m’a dissuadé de partir à Moscou. J’avais alors une amie, dont le mari était rédacteur en chef de la « Pravda » et j’étais prête à mettre mon projet à exécution. « En partant, vous signez votre arrêt de mort », m’a-t-il dit. Je suis restée et on ne s’est plus quitté. En 1937, je suis devenue Mme Soupault. Je l’accompagnais lors de ses reportages, et c’est ainsi que j’ai appris à photographier. C’est devenu une passion. Mais c’est l’école du Bauhaus qui m’a appris la liberté du regard. Puis, il y avait l’influence des amis comme Fernand Léger. Avec Léger, Man Ray, Max Ernst, Giacometti, on s’est retrouvé tous les jours au « Dôme » à Montparnasse. C’était notre « salon ». Plus tard, pendant la guerre, nous avons habité dans l’appartement de Max Ernst à New York. Mais c’est une autre histoire. Avant, il y avait notre aventure tunisienne.

Cette époque en noir et blanc m’a toujours captivée, tout est esthétique, même l’amour.

M.

J’ai trouvé pays dans l’ove fleuronné de ton cou
pays de fleuves traversant ton épaule au printemps
pays aux effluves
de forêts d’épices et d’arbres forts
de femmes ambrées venues s’y déposer

au goût maternel de quelques larmes perdues à l’horizontale

Cinquante printemps, imagine! Ça fait beaucoup de jeunesse emmagasinée, n’as-tu donc jamais pensé à ça?

En vérité, il n’y a qu’un seul printemps dont il faut honorer le parfum et c’est celui dans lequel nous avons pris racine ce matin

4 avril 2007

Lettre à D. Histoire d’un amour

André Gorz, Viennois né en 1923, réputé intellectuel de gauche à Paris, dans un récit paru l’année dernière, rend hommage à sa femme:

Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse, désirable. Cela fait quarante huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais.


Tu étais condamnée à être forte parce que ton univers était précaire. J’ai toujours senti ta force en même temps que ta fragilité sous-jacente. J’aimais ta fragilité surmontée, j’admirais ta force fragile. Nous étions l’un et l’autre des enfants de la précarité et du conflit. Nous étions faits pour nous protéger mutuellement contre l’une et l’autre. Nous avions besoin de créer ensemble, l’un par l’autre, la place dans le monde qui nous a été originellement deniée. Mais, pour cela, il fallait que notre amour soit
aussi un pacte pour la vie.

J’ai toujours beaucoup aimé cette photo en noir et blanc. Ce n’est pas Gorz, ni D. Ça aurait pu.

Il dit aussi

Ce n’est pas ce qu’il écrit qui est le but premier de l’écrivain. Son but premier est d’écrire. Écrire, c’est-à-dire se faire absent du monde et de lui-même pour, éventuellement, en faire la matière d’élaboration littéraires. Ce n’est que secondairement que se pose la question du sujet traité. Le sujet est la condition nécessaire, nécessairement contingente de la production d’écrits. N’importe quel sujet est le bon pourvu qu’il permette d’écrire.

J’étais un écriveur. L’écriveur deviendra écrivain quand son besoin d’écrire sera soutenu par un sujet qui permet et exige que ce besoin s’organise en projet. Nous sommes des millions à passer notre vie à écrire sans jamais rien achever ni publier.

Tiens tiens…

En équilibre
Voilà.

Ce matin dépassait de la boite aux lettres une grande enveloppe brune: Collège de Rosemont. En équilibre sur mon lundi, je laisse mariner la nouvelle sur la table de la cuisine. Si la réponse était négative, ne serait-il pas inutile qu’elle se retrouvre dans une enveloppe si géante? J’imagine un immense NON impliable, rigide, qui fait toute une page…

Une cinquantaine de Québécois seulement chaque année sont reçus à l’école d’acupuncture.

Ça y est. Je retourne sur les bancs d’école. Et dans trois ans, je revêtrai une longue chemise blanche pour faire des pics pics aux êtres en quête d’équilibre.

Dans la tranchée
Je pensais avoir trouvé mon Maquisard, celui qui aurait été de toutes les guerres.

Mais voilà que surgit une autre femme. Je commence à avoir l’habitude, n’y a-t-il pas toujours une femme derrière un homme?

Je commence à croire que ce n’est pas seulement littéraire…

Femme qui souvent, me voyant errer comme Sulfure dans les parages, réaffirme soudainement ses positions en quelques territoires soufflés par l’abandon.

Je ne veux pas grand chose, en fait, pas plus que les autres. Je veux être choisie.

Qu’on érige son drapeau dans mon lit! Je serai parfaite en femme conquise, je le sais.

User le temps
Il est cinq heures et le sommeil, déjà, me catapulte hors de son sein. Je sors du lit pour écrire un peu, j’appuie sur le bouton de l’ordi, moteur, action. Le jour se lève, tranquille. Je me fais un café au lait dans les premiers rayons et je cueille le journal sur le balcon.

Érosion lente et appliquée.

Granite

Depuis quelques temps, je fais des allers et retours vers mes seizes ans à travers les livres de mon adolescence que je relis comme une réminiscence des journées entières livrées aux carnets blanc, en pyjama dans mon lit, odeur de ma chambre, la faim, une pensée fugace, un rêve aux couleurs saturées.
Dans Une prière pour Owen, John Irving fait dire à son héros Owen:

Si tu as la chance de trouver le mode de vie que tu aimes, tu dois trouver le courage de le vivre.

Tati
Cinq petits sont nés. Elle a fait simple, tous noirs.

L’hiver en Corse

N’ai-je donc pas pris en maturité? Je ne sais arriver nulle part autre qu’en cette journée.

Un printemps en Chine

J’emmène Lorca dîner hors de l’école dans une cafétéria chinoise où l’on sert des sushis, des rouleaux impériaux et des nouilles dans des cabarets en plastique. À la fin du repas, Lorca me fait part de ses constatations:

- Ici ils ne savent pas ce que c’est qu’un biscuit chinois.

-Ah non?

-Non… Chaque fois que j’en demande un à la serveuse au comptoir, elle est toujours embêtée et finit par me pointer chacun des biscuits, son doigt en point d’interrogation: les gros jaunes ronds? Les tout coiffés de coconut? Pour finalement me présenter les petites coquilles avec un message à l’intérieur, les vrais biscuits chinois, quoi.

Inspirée, elle philosophe:

-Pour la Chinoise au comptoir, tous les biscuits de son comptoir chinois sont chinois, c’est évident!

Elle craque le biscuit qui laisse apparaître sa petite langue blanche.

-Étez spontané. Be spontaneous… Ça veut dire quoi spontané?

-Spontané… Euh… C’est quand par exemple on fait les choses au moment où l’on en a envie.

Elle est toujours satisfaite de mes réponses, la gamine. Lorca me fait entièrement confiance.

En la quittant au coin de la rue qui mène à l’école, on se bécotte comme des petites chinoises.

-Tu feras le reste toute seule, Lorca?

-Pas de prob, je le fais tous les matins,qu’elle dit tout en relevant le sourcil. Salut!

Et la voilà sautillant d’un pied à l’autre, s’élevant dans les airs à chaque bond, propulsée, la Lorca, dans son grand corps qui grandit.

Il faut toujours suivre les conseils des biscuits chinois. Lorca a compris ça il y a longtemps.

Trous d’aération
Le printemps me fait trier. Je fais des piles qui se succèdent en rangée contre le mur de la porte de sortie: au nettoyeur, à faire rafistoler, aux ptits frères des pauvres, à la chienne à Jacques, au recyclage, à teindre; renouveler, aérer, changer le petit vêtement de mon blogue…

Pour ce dernier, je ne sais pas quoi en penser. Que de plaisirs à assouvir dans la futilité!

Aparté

Comme vous semblez manifester un intérêt pour mes lectures, je vous donne quelques titres que j’ai lu dernièrement, mes préférés:

Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver, une mère confronté aux monstruosités de son fils, très inquiétant comme livre, vous avez surement déjà entendu parler.

Les trois modes de conservation des viandes de Maxime Olivier Moutier, avec une superbe sensibilité, un homme dans la trentaine papa de famille parle de ce qu’il vit, c’est un hymne à la vie quant à moi, bien que plusieurs critiques y aient vu une difficulté à la vie de famille. De la grande littérature.

J’étais derrière toi de Nicolas Fargues, un homme en visite chez ses parents en Italie et marié à une femme explosive (les scènes de ménage et de bagarres sont savoureuses) tombe amoureux d’une jeune Italienne.

De terre et de feu de Jean-Noël Pontbriand, grande poésie toute nue.

Et mon préféré de tous les temps, Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel, un jeune adolescent atteint d’une maladie mortelle raconte ses dernières semaines de vie et fait le bilan de sa courte existence. Chaque mot est magnifique, chargé d’une image qui s’enracine.

Voilà, mission accomplie.

220
Les aventures de Lilas se poursuivent en dehors des mots pour l’instant. Je me traverse comme un fleuve au printemps.

Figurines
Un de ces jouets démontés, je suis une petite poupée mécanique dont les bras ballants ne balancent plus.

Si tu avais été ici, je nous aurais invités à manger quelque part, et j’aurais fini par manger dans ton assiette, ça m’aurait changer les idées.

Poinsétias
Tu demeures intraitable

retranché

à la fin je te coupe d’une seule main

Colimaçon
-Viens voir Dix j’ai reçu un coli.

Il est tellement rare que je recoive une lettre de papier, encore moins un coli. Même ma fille était toute excitée. Je déchire un petit bout du papier brun.

-Oh! Maman, je pense que je sais ce que c’est! Tu vas être contente! C’est des livres!

-Oui, je le savais. Je les attendais.

-C’est gentil hein maman? Trois beaux livres de ton ancien professeur! J’adore les colis!

Dans cinq minutes, direction mon lit avec Taches de Naissance. Si je me décidais pour un troisième chat, il s’appellerait comme ça.

Mots clés
J’ai déposé mon arme, délicatement, sans rien brusquer. Je ne suis pas toujours ma meilleure amie. Ne rien faire. Rentrer chez moi. Tous les jours, rentrer chez moi. Décaper les armoires de la cuisine, une à une, à quatre pattes.

Je suis vieillie, moins douce, moins obligeante, moins obligée.


Réalité québécoise

Dans la Presse, en ce samedi 3 mars.

Lors de tempêtes, Urgences-Santé observe une hausse des problèmes cardiaques et respiratoires. “On recommande aux gens de ne pas pelleter comme des malades”, précise M. Champagne, porte-parole d’Urgence-Santé.


Promenade sur Mars

Étendue promenade à travers parcs et minces trottoirs, rues désertées, petites rues, des gens heureux comme moi de marcher dans la tempête, qui me regardent, en souriant largement, impression de solidarité j’imagine qui s’éveille…

J’arrive enfin à destination, un couple d’amis m’attend pour un café d’après-midi.

Je fonds sur le plancher de l’entrée. Je suis une survivante.

-Encore heureux que ton maquillage ai tenu han!

-Ah oui? Mon maquillage a tenu? J’avais oublié que je m’étais maquillée!

Petit coup d’oeil dans le miroir pour me rendre compte que mon mascara a joué d’estampillade me laissant deux soleils à grands grands rayons tout autour des yeux, sans parler du khôl qui sillonne vers le bas, direction les joues.

Je me repasse en tête tous ces gens croisés sur le chemin, et je me revois leur renvoyant leur sourire, candide.

L’ennui
Tu es de ces ophidiens qui épaississent selon ce qu’ils ont ingéré dans la journée. Tu étais minuscule entre ses mains du matin. Ce n’est qu’après avoir mangé une épaisse pièce de viande rouge et une salade verte, quand vous vous êtes quittés vers onze heures, que tu as repris une forme quasi-humaine.
Tu l’as regardé traverser le parc en face de la maison, un vieil amant qui sent bon les arbres, dont l’âge s’immisce doucement sur son corps. Tu l’as regardé prendre le pas vers son pays, s’en retourner chez lui, bien au-delà du parc, de l’autre côté de l’océan.
Tu aimerais bien qu’on vienne vivre dans ton pays, dormir dans ton lit. Tu y penses parfois. Tes os sont las de se coucher seuls, indéfinitivement dans le même ordonnance. Et puis, tu as la peau trop douce pour dormir en solitaire, c’est ce qu’il te dit souvent, comme pour s’excuser que tu tiennes à lui à travers ses absences.

Il pleut
ton humeur de la journée
ta soupe du jour
ta saveur de la semaine écrite en grosses lettres manuscrites sur une affiche écornée dans la vitrine sale de l’hiver.

Le café se répand dans ton corps comme un brûlot acide.

La petite chatte trouvée hier sur le trottoir s’est blessée l’oreille. Dix, gracile dans son pyjama, la bichonne un peu, lui change les idées pour qu’elle ne se gratte pas.

- Est-ce que maman on gardera le chaton si on se rend compte qu’il n’est pas gentil?

-Ben non, Dix, on ne le gardera pas.

-Parce que s’il n’est pas gentil de toute façon on ne l’aimera plus!

Si ça pouvait être si simple.

La vue de la purée de pomme de terre au frigo, le restant de riz d’il y a trois semaines, l’odeur des matins à venir. À quoi ressemble une vie dépouillée de l’amoureux, de l’amant, la vie toute nue comme deux petits enfants serrés l’un contre l’autre dans le même lit? Après quelques semaines, ce qu’il te reste surtout de lui est le grain de sa voix dans ton oreille, ces petits grains qui s’échappent et glissent un à un sur ta peau. Tu le revois cherchant ses lunettes que Dix s’est amusée à cacher, à demi sorti du lit, comme atterri inopinément dans son vieil âge. Quel temps fait-il là-bas, chez lui? Les femmes portent-elles des manteaux de bêtes?

Ici, il fait plutôt froid, mais tu le remarques à peine.

Pour l’instant, tu te baignes à la piscine intérieure avec ta fille dans vos vieux maillots de bain décolorés par l’été.

La petite part demain pour Cuba avec son papa et la nouvelle petite famille. Chaque fois qu’elle revient de la mer, Dix, ses longues mains de musicienne sont douces comme une pierre, polies par le sel et le sable.

Le soir avant son départ, vous avez dormi toutes les deux dans la nouvelle chambre, la chambre d’ami,
la pièce du milieu,
le lit disposé au milieu de la pièce, à même le sol,
sans structure, sans bruit,
comme dormir sur la ouate, fenêtre ouverte,
il fait chaud dans cette chambre, tu t’endors vite, avec un peu de fièvre.

Parfois ta fille et toi, vous vous ennuyez de son frère, ton fils. Alors vous enfilez, toi ce matin, une paire de ses chaussettes, elle, son petit manteau de printemps sport qui lui donne une allure de garçon efflanqué. Vous riez de bon coeur, c’est souverain.

On aimerait croire que c’est toujours la joie mais ce n’est pas le cas. Je peux par contre vous dire qu’il y a de ces tristesses qui démaladisent, de celles qui s’apparentent à une pluie qui fouette le visage quand vous vous promenez à vélo et que le vent si fort fait avancer votre vélo comme par magie, le moindrement que vous donnez un ou deux coups de pédale et que vous gardez le cap.

J’avais à peine mentionné jusqu’à présent que tu avais un fils de onze ans.

-Pourquoi ce ne serait pas le tour de papa pour les dix prochaines années?

Il est intelligent, ton fils.

Tu ne veux dorénavant que les grandes choses de la vie, que tu me disais hier en arrosant les fleurs de la salle à dîner. Une vie tissée de petits tapis très fins pour t’assoupir un peu. Un immense ballon rempli de souffle chaud posé à tes pieds, t’ouvrant la porte d’une nacelle d’osier solide.

Ne pas avoir peur des petites morts.

Life is so simple.

Faites preuve d’intelligence et de créativité.

Ne fuyez pas. L’épreuve aurait été vaine.

Autant de messages que de petits biscuits chinois.

De petites morts en petites morts, tu m’as demandé où nous allions tous ainsi.

Tu as enfilé tes petits souliers de printemps et tu es parti.

janvier 06

Ya-t-il un pilote à Radio-Canada?

À l’émission Découverte ce soir: des conseils pour augmenter vos chances de survivre à un écrasement d’avion.

La vie est un art (ébauche)

Je crois que nous ne nous sommes pas choisis. Je pense que notre rencontre était inévitable. On nous as mis sur le chemin l’un de l’autre, et On s’en est lavé les mains comme On fait quand il se débarrasse de petites miettes collantes. Ne nous restait plus qu’à faire le reste. Le reste, quelques pas, chacun. Tantôt lui (il est entré dans la petite salle de projection vidéo, a attendu que la place à mes côtés soit libérée, s’est assis en silence, longtemps, patient), tantôt moi (mon sang bouillonnait rien que de sentir sa présence, je n’avais pourtant rien ordonné, sans me tourner vers lui, je lui ai demandé s’il parlait français et lui ai élaboré mon appréciation de l’oeuvre que nous regardions).

En s’assoyant, sa façon de croiser la jambe, de déposer sa main sur sa cuisse, paume ouverte, racé, calme, sa main hâlée, déjà douce.

La salle, petite, est plongée dans l’obscurité. Les murs sont blancs, le banc longeant le mur de l’entrée, large pour trois personnes, est également blanc. Au mur opposé un grand écran sur lequel est projetée la vidéo d’un champ à la campagne. La caméra est fixe. Sans les voir, on entend les camions et voitures passer à droite de l’écran. Le vent joue dans les herbes jaunes et vertes. Il ne s’y passe rien d’autre. Ce n’est qu’au bout de quinze minutes qu’une vache passera tranquillement. Nous sommes assis dans un silence tangible. Nous partageons ce long silence comme notre premier lieu commun.

Mes premiers mots jaillissent dans l’obscurité, comme un filet dans sa direction. Je m’en voudrais de le laisser partir.

-Ça me fait réfléchir au fait que, vivant dans un monde de plus en plus loin du réel, en tant que citadins surtout, l’art n’est plus, comme dans les années soixante-dix par exemple, la représentation d’un extra ordinaire mais bien de l’ordinaire, du quotidien, de la réalité.

Je passai tout ce mercredi des Cendres avec cet inconnu pour ne le quitter que très tard le soir.

Quelques jours plus tard, me promenant sur internet, je tomberai sur sa propre description de son travail présenté, il y a quelques années, dans une galerie de Québec; une phrase entre autre:
Trop habitués à mettre l’art sur l’art et à l’associer à quelque chose d’extra-ordinaire, nous oublions que l’art est déjà fait. Il se trouve partout, tout le temps (…).

Les cinq autres étages de galeries d’artistes, d’ateliers, une à une, toutes, épier par la fente de la porte qui sert à glisser le courrier les expositions en chantier, décider de revenir le vendredi suivant pour les vernissages. Ensemble, comme un état premier.

Ce derrière d’escalier que j’ai nommé le fumoir il y a plusieurs années, la barre, la grande fenêtre, la vue sur l’église, les vieux murs décatis.

-Je venais souvent ici quand je fumais encore.

Moi en train de mimer le fait de fumer et faisant quelques exercices à la barre qui sert de garde à la grande fenêtre.

Une salle d’exposition déserte, avec un petit bureau déserté lui aussi, une table, une chaise ronde, une plante, une fenêtre derrière, la musique classique qui sortait d’une porte ouverte à côté, le béton craqué, les vieilles poutres, superbe.

Deux heures avant, chez La Baie. Je demande à la vendeuse-parfumeuse pour essayer Flower, de Kenzo, elle voit bien que je manigance, que je veux profiter de l’échantillon gratuit pour ne pas avoir à acheter un flacon, que si ça se trouve ça fait des années que je me parfume de cette frangrance, elle n’en a plus, d’échantillons, qu’elle me dit. J’insiste. Exaspérée, elle me donne un échantillon d’un autre parfum. Je suis déçue, pas du tout celui que je voulais. En sortant de La Baie, je me débarrasse de l’emballage, je regarde la petite fiole, Amour, de Kenzo, et m’en vaporise négligemment un peu dans le cou avant de la glisser dans ma poche de manteau.

Je continue ma promenade au Centre-Ville. Ste-Catherine. Les trottoirs sont bondés, c’est une superbe journée ensoleillée. Il y a des semaines que je suis encabanée. J’en profite. Je me rend au Belgo. Devant la porte j’hésite. Et si j’y rencontrais l’homme de ma vie? Je prend l’ascenseur qui me monte au cinquième étage. À ma sortie de l’ascenseur, je me dirige sans hésiter vers la gauche, première galerie. J’y entre, l’expo ne m’intéresse pas, je me dirige vers le fond de la galerie sachant qu’il y a une petite pièce adjacente. Je croise le regard incendié d’un homme qui lève les yeux d’un pamphlet d’appel de soumission.

Que se passe-t-il Luc-i-ile?*

-Lucille va venir nous parler de sexualité en classe.

-Ah! Oui? C’est qui Lucille?

-L’infirmière de l’école.

Elle fait une pause et reprend.

-Un jour, elle est venue nous parler du vaccin contre l’hépatite B et elle nous as pris les quatrième année dans un coin et elle nous a expliqué qu’on pouvait attraper cette maladie quand on a des relations sexuelles ou quand on se reproduit, et elle nous a expliqué tout en détail, là c’était dégoûtant, comment on se reproduisait. J’ai pas trouvé ça très intéressant.

Perplexe, je suis.

*Renvoi à un succès pré-pubère terrible des Trois Accords


Dix

J’ai vendu quelques livres pour acheter des fleurs. Sur le rebord des fenêtres coussinées blanc, les petites Mauves sont magnifiques.
Demain, Dix a dix ans.

Libérez votre créativité
Comme je suis sans travail depuis quelques mois, j’en profite pour faire le point sur différents projets qui m’habitent, les porter à bras tendu comme des enfants bénis. Le lendemain de mon renvoi, j’ai couru acheter un livre dont beaucoup de gens me parlaient depuis quelques années: Libérez votre Créativité, de Julia Cameroun. Son livre découle d’ateliers qu’elle offre d’une durée de douze semaines à travers lesquels elle propose des exercices concrets de reconquête de ses rêves de création. Durant huit semaines, j’ai fait des pages du matin qui consistent à écrire au moins trois pages par jour, de façon spontanée, au réveil; écriture automatique. Je me suis révélée des choses incroyables et épouvantables, à tel point que j’étais constamment bouleversée; tous ces noeuds qui se déliaient! J’ai cessé la lecture du livre, au bout de ces huit semaines. Je ne m’exprimais plus qu’en jargon de thérapeute. Ma meilleure amie, constamment à l’affût d’entreprise qui la rendrait riche mettant ainsi terme à sa quête amoureuse, en étaient à me proposer des idées d’affiches pour des conférences de psycho-pop. J’étais une petite mine d’or. J’en ai eu assez.

N’empêche, j’ai fait un bon bout de chemin à travers ces exercices. M’étais-je éloignée de moi-même pour apparaître nouvelle, ou, avais-je délaissé celle que je suis devenue pour apparaître moi-même, telle que j’étais à quatre ans quand je marchais sur la route de campagne devant chez moi?

Ma grande Dix s’est traînée dans mon lit avec sa grippe, ce matin. Elle fait en ce moment une cure intensive de tisane et de Nintendo DS.

Anniversaire d’un fils ingrat
Une auto-photo de moi en nuisette japonaise. Même pas toute démaquillée d’hier. Un froid de panda à garder ses chaussettes pour dormir, à rester dans ses vêtements de la nuit pour ne pas avoir à se retrouver nue ne serait-ce que quelques secondes, le temps d’enfiler la tenue de dimanche. Il y a treize ans aujourd’hui que mon fils aîné est né. Partis vivre chez son papa en Gaspésie, cette idée de tomber amoureuse d’un Gaspésien. Trois ans déjà que le petit bouc quand il a une idée dans la tête, il la porte à bout de bras. Pourquoi ce serait pas le tour de papa pour les dix prochaines années? D’une habile intelligence mon fils, comme ça qu’on tend ses propres pièges. C’est pas parce que je n’t'aime plus tu sais maman. Je sais bien Cocoliço. N’empêche que ce matin, n’attendant pas le retour de Dix allée skier depuis tôt ce matin, j’ai tenté ce petit appel rien qu’à moi de bonne fête mon chéri. Tout petit appel, je sais que tu n’aimes pas le téléphone, que tu as treize ans, qu’une maman c’est pas ce qu’il y a de plus cool. Ah. Salut M’man. Je viens juste de me réveiller… Non rien de spécial… Écoute, je vais te laisser, je vais aller prendre ma douche, o.k.?

Il y a treize ans aujourd’hui, mes deux mains puissantes et volontaires sous tes petits bras glissants, j’ai mis un point final à ta vie dans mes entrailles. Après plusieurs heures d’hésitations, faux-fuyant, la douleur en chiffon, je me suis enfin résignée. Tu as pris mon sein tout naturellement, sachant d’ores et déjà ce qui était bien pour toi, ce dont tu avais besoin.

Dans ta façon d’être si suffisant et indépendant, puis-je y voir l’idée que tu as fait totalement tient ce monde qui t’a été offert?

Bon anniversaire ingrat de fils!

Se payer ma gueule
Voyez ce petit trou qu’a laissé une dent partie avec un sandwich à l’Avenue.

Sachant dorénavant que la Fée des Dents est nulle autre que moi, parfois Dix me demande une petite avance pour elle ou pour ses copines.