Résolutions 2008
-Me coucher chaque soir avec les dents propres
-Ne plus être jalouse de la bonde de mon ex
-Ne plus comparer mes notes à la moyenne du groupe
-Me répandre en amour
-Être tous les jours ma meilleure amie
Grosse bise et bonne nouvelle année à vous, je vous la souhaite remplie de terres encore inconquises, de petits bonheurs qui rendent meilleur.
Allez hop!
Rêverie, c’est le titre de la nouvelle chanson des Rita Mitsouko que je fredonne en boucle. Elle parle d’une jeune femme en fleur, de l’amour d’un jeune homme en fleur pour la jeune femme en fleur.J’aimerais être encore de ces jeunes femmes en fleur.
Acidalie
Ah tiens, un coup de balayeuse s’impose. Est-ce bien sage de me laisser aller à ce caprice de second ordre? Il faut pourtant étudier, travailler. Écrire un peu. Écrire un peu en plus! Tu exagères! Écouter Vanessa Paradis, son dernier disque, c’est léger, foufou, je danse un peu. Bon, les études. Et si je déplaçais ma table de travail? Suffit d’essayer. Déplacer les meubles, soupeser le confort potentiel de l’intellect. Non. Déplacer les meubles, tenter. Voilà qui me plaît! La couleur des murs par contre. Une petite lampe par ici, tiens ce serait magnifique…
Profiter
La maman d’un copain de classe de ma fille a été emportée ce matin par la leucémie. Nous organisions les fêtes de l’école ensemble depuis quelques années.
Difficile de penser qu’une femme si débordante de vie, si colorée puisse en arriver de façon si fulgurante à son dernier souffle.
Comme quoi, encore une fois, bien que nous le savons, tout est éphémère.
Elle aura su rayonner à la mesure du plus rayonnant, dans ce qu’il y a de plus lumineux.
Le ciel pleure aujourd’hui, ou est-ce toi Marie-Claude qui pleure à l’idée de ne plus voir ton fils grandir?
Ta joie, ta force sont présentes en lui, il ne le sait pas encore peut-être, il verra.
À tes hommes, je pense à vous très fort.
Marie-Claude, tu es là pour toujours.
Je loue la séries des Contes pour tous, Dix boit un chocolat chaud et invite des amies à sa journée:films, milk shakes,
chocolat chaud et pop corn,
pour filles seulement
Moi, je comprends les concepts chinois qui sont parfois Taoïstes.
Salomé va aux pommes, je me dessine à l’encre sur le corps les systèmes des méridiens que je comprends pas encore. Nous pelons les fruits après le souper pour en faire de la compote.Dix me demande chaque jours:- Tu as des trucs que tu veux que je te demande pour t’aider à étudier?Moi, je l’aime.
La vie comme une pomme
Live your best life
If the phone rings, think of it as carrying a message
Larger than anything you’ve ever heard,
Vaster than a hundred lines of Yeats.Think that someone may bring a bear to your door,
Maybe wounded and deranged; or think that a moose
Has risen out of the lake, and his carrying on his antlers
A child of your own whom you’ve never seen.
To give you something large: tell you you’re forgiven,
Or that it’s not necessary to work all the time, or that it’s
Been decided that if you lie down no one will die.
De travers
Après m’être fait voler mes derniers billets de vingt au parc Lafontaine, je me suis volatilisée chez des amis à la campagne pour quelques jours.
Laisser le temps à toutes ces ecchymoses violets qui courent dans mon cou, sur mes genoux et mes bras de se diluer au fond du lac de sable.
Le retour en ville me laisse perdue, faisandée. La troublante impression d’avoir perdu toutes mes forces emmagasinées durant l’hiver.
Évidemment, je tais le fait que je me suis moi-même mise en situation de danger.
Décidément, ce n’est pas un de ces étés qu’on mettrait en couverture du Paris Match: Amoureux, ils s’envolent vers une île déserte offerte en cadeau de mariage ou La famille Lilas enfin réunis, ils sont plus beaux que jamais!
Ouch…
Elle aimerait que je sois contente pour elle de ce voyage au Mexique. Pas faire semblant, être vrai de vrai contente. Elle flaire à cent mille à l’heure ma jalousie de les voir partir sans moi. Elle est déçue.
Comme si quelques secondes avant elle avait jaugé ma vie derrière mon épaule et qu’elle désapprouvait ce qu’elle avait vu, elle se fait grave :
-Tu sais maman, je n’ai pas envie d’avoir une vie où il m’arrive beaucoup de choses difficiles comme il t’en est arrivée à toi. Moi, j’ai envie d’avoir une vie simple et calme, d’être heureuse et de continuer à voyager.
Ses mots me laissent la brûlante sensation d’être soudain trahie par la personne de qui je me suis toujours sentie le plus près, trahie par le fait que cette enfant choisisse de ne pas être comme moi et ne me ressemble peut-être pas autant que je me l’imaginais, tout compte fait. Je suis reléguée, l’égo béant.
-Bien souvent Dix, les moments difficiles sont des moments où on apprend énormément de la vie, où l’on apprend beaucoup sur soi-même.
-Comme quoi?
-On apprend par exemple que l’on a la force en soi de surmonter toutes les épreuves qui se présentent à nous. Ainsi, on a donc moins peur d’oser de grandes choses ou de prendre des décisions qui comportent une part d’inconnu, qui nous amèneraient sur des terrains inconnus où il y aura peut-être, gardant l’entrée d’une superbe clairière avec des chevaux et des lapins, quelques monstres à combattre.
-Des chevaux et des lapins! C’est drôle maman ce que tu racontes.
-C’était pour garder ton attention. J’ai la conviction que nous sommes en vie pour apprendre, pour grandir, pour comprendre, pour donner le meilleur de soi-même, et c’est en faisant des expériences que l’on parvient à tout ça.
-Un peu comme un scientifique qui fait des expériences pour voir ce que ça donnera et qui parfois arrive à créer une potion magique?
-Oui. Et tu sais, parfois il rate son coup mais ça lui sert de leçon pour la suite de ses expériences, il sait ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et il avance comme ça, en cherchant ce qui fera éclater son génie. Il n’a pas peur de se tromper.
Et si elle était déjà consciente de cette lumière en elle, de son potentiel, de son génie? Et si elle n’avait pas besoin comme moi de prendre toutes sortes de détours, de s’écorcher les pieds pour comprendre la vie? Ou peut-être n’est-elle tout simplement pas une battante, une Jeanne d’Arc, la guerrière que je suis?
-Penses-tu que j’aurai beaucoup d’argent dans la vie? Que je serai riche?
Un peu comme si, nous regardant vivre tous les deux, son père et moi, elle avait opté pour ce qui lui apparaissait le plus simple, le plus facile, une vie comme celle de son père.
Étendue sur mon lit, le regard pétillant, je la sens rêveuse. Depuis quelques temps, elle me parle sans cesse de toutes ces choses qu’ils ont achetés, avec son papa, ou qu’ils se payeront au cours de l’année : voiture, voyages au Mexique, en France, appareils-photo, maison sur la mer, bicyclette, consoles de jeux.
Et pourquoi ne pourrait-elle pas choisir l’abondance?
À dix ans, Dix a déjà choisi son camp. Celui du bonheur et de l’abondance.
Et si le chemin sinueux que j’avais délibérément entrepris avait pour but celui de permettre à ma fille de constater que ce n’était pas ce dont elle avait envie? N’étais-ce pas comme si je lui avais défriché un bout de sentier? Comme si je lui avais conquis quelques terres fertiles où il fera désormais bon vivre?
Samedi midi devant un café. Les hommes et leur femme sentent l’amour et le sexe doux. Je m’amuse à inventer leur rencontre, ce qui fut mis en place pour que le déclic se fasse, quelles opérations fut nécessaires. J’aimerais faire un film, un documentaire là-dessus.Comparativement aux types osseux comme moi, les êtres de chair et de rondeurs sont plus heureux de par leur superficie corporelle, de par la capacité de leur dimension corporelle à laisser courir l’amour et le bonheur sur leur peau.Lu dans les petites annonces du journal Voir de Montréal du 5 juillet 07:Jeune professionnel de 40 ans présentement en prison, très à l’aise financièrement, cherche très jolie jeune femme de 22 à 28 ans pour développer une relation sérieuse. Si tu cherches un homme qui prendra soin de toi, je suis l’homme qu’il te faut.Décidément l’été m’angoisse, cette étape d’entre deux. Les enfants seront-ils satisfaits de leurs vacances? Aurai-je assez de lingots pour subvenir à nos rêves estivaux? Je bois un vermouth de pomme pour diluer mes pensées, leur rendre leur souplesse. Et cet automne? Et les trois prochaines années à venir? Pourrai-je subvenir aux besoins de ma famille tout en étudiant? Autrement, plus obsédant encore, cette impression d’irréalité, la nuit quand je me réveille, quand mes rêves sont petits, comme enchaînés.
Je fouille dans mes papiers sur le bureau. L’étagère. La table de nuit. Pas de trace. Cherche dans le tiroir du bahut de la salle à dîner, dans la bibliothèque, peut-être s’est-elle glissée entre deux livres, toujours rien. J’ai le coeur littéralement brisé à l’idée de l’avoir réellement perdue. Reste les bacs de recyclage sur le trottoir. Faisant rapidement suite à mes pensées, de la fenêtre, le camion vert remonte la rue, se gare devant la maison et coupe le moteur. Prennent une pause, fait chaud, z’ont chaud. Je dévale l’escalier nus pieds avec un grand sac, question de transvider le contenu ne faisant pas l’objet de ma quête. Journal déplie journal secoue journal déplie secoue carton de lait carton de jus photos de pigeons glissés par mon père dans ma carte de fête (pardon papa) et LA VOILÀ! soigneusement pliée en trois, toute sage, MA PETITE LETTRE MAUVE, réchappée, rescapée juste à temps, pour Maman de Dix, à laquelle manque un petit carré dans le coin droit, une découpure, peut-être s’en est-elle gardé un petit bout, je n’ai jamais posé la question.
Fière, encore, je relis ma lettre :
Allo! Maman. Je t’aime, bonne fête! J’espère que tu vas aimé tout tes cadeaux et qu’il fera beau le jour où tu vas la fêter! J’espère aussi que tu m’inviteras et que tu inviteras tout s’eux que tu aimes et qu’ils viendront tous! Je te souhaite du bonheur, un beau 33 ans… J’aime quand nous sommes ensemble. Je m’excuse pour toutes les fois où nous nous sommes chicané et que s’était de ma faute! Je m’excuse de ne pas avoir de cadeau! Pour l’instant, c’est toi qui me fait le cadeau de ton amour…
Observatoire no.25
Pas d’homme, ni d’animaux, pas le moindre piaillement d’oiseaux.
Tout est calme, opaque.
Je me sens seule, centrée sur moi-même.
Seule au milieu de la scène, comme si tout m’observait.Le ciel, l’espace, l’horizon, l’air, tout m’observe pesamment.
Embrouillée par tout ce qui est trop près de la vue, dans mon brouhaha implacable.Je perds contact avec toute réalité pour n’aborder que celle-là seule que peut contenir mon corps maintenu au-dessus, flottant.J’ai manqué d’ancrage à un moment ou à un autre.
Je trébuche sur des questions comme vais-je aller souper chez mon frère, ou rencontrer cet ami, ou accepter l’invitation à la petite fête chez Jacinthe et Frédéric? Toute la journée je fais des choix en les regrettant amèrement tout de suite après comme si c’était d’une importance capitale.
Qu’on me fasse une saignée, quelque chose.
Tiens, les oiseaux se font entendre à nouveau. On dirait qu’ils se lancent de longs sifflets d’arbre en arbre.
L’épais gris se troue. Le ciel se détache en coton.
.
Galadriel m’ayant donné la tag il y a de cela une bonne semaine, me voici donc à mes devoirs. Chaque personne décrit sept choses à propos d’elle-même. Ceux qui ont été tagué doivent écrire sur leur blogue ces sept choses ainsi que les règlements et ensuite taguer sept autres personnes qui seront clairement énumérés. Un message dans leur blogue respectif annoncera à ces personnes qu’ils ont été tagué tout en les intimant à lire votre blogue.
Je suis à mon clavier qui me réserve la surprise de ce que seront ces sept choses sur moi.
Je laisse courir mes doigts.
Un, deux, trois, go.
Je n’ai pratiquement jamais eu de portefeuille, porte-monnaie, jamais de montre. Il y a environs deux ans, je me suis convertie au sac à main, avant je traînais mes petites babioles de femme dans divers sacs, parfois en plastique.
L’an dernier, je me suis achetée un lit chez Ikéa. Après avoir sacré près d’une heure comme prescrit dans le guide d’assemblage, balance mon vieux matelas dans la structure de bois pour m’apercevoir que ledit matelas est double et la structure queen. Un an plus tard, je tolère toujours cette situation.
Mardi le 19 juin me sera livré un nouveau matelas format grand amour.
Histoire de matelas no.3. L’été dernier, par une soirée spectaculairement moite et chaude, je suis tombée sous le charme d’un jeune acteur Américain de L.A. beau comme un ange. En ville pour la fin de semaine en compagnie de sa bande de joyeux lurons, il fêtait les 33 ans d’un de ses amis dans la plus grosse boite de nuit du Vieux-Montréal. Il était à peine une heure du matin quand nous avons sauté dans un taxi. J’avais enfilé ce soir-là un de mes petits tops-tubes Philippe Dubuc à 150$ que je n’étrenne que dans de grandes occasions, non pas pour les raisons que vous vous imaginez mais plutôt parce qu’une fois sur le dos, il est pratiquement impossible à enlever sans suer tout son petit liquide. Toujours est-il qu’une fois chez moi, la moiteur de cette nuit de canicule rendant la manœuvre quasi-impossible, après une interminable minute de bataille franche, je taillai à grand coup de ciseau le petit tissu finement cousu par Monsieur Dubuc ou son assistante, délivrant ainsi mon petit corps dévoré d’envies multiples. On rit de moi quand je raconte que le lendemain je pouvais tordre les draps et qu’il a fallu trois jours à mon matelas pour sécher. Vous ne me croyez pas!? J’aurais mis ma main au feu.
À deux mois de grossesse, dans les trois cas, je connaissais intuitivement le sexe des enfants que je portais et malheur à celui qui avançait qu’il était du domaine du possible que je me trompe.
À dix ans, ma mère qui n’était pas souvent à la maison me laissait 5o$ par semaine pour que je nous fasse une épicerie à ma jeune soeur et à moi. Je partais au marché du coin armée de ma calculatrice pour m’assurer que biscuits à la mélasse, Cup a Soup et céréales à déjeuner ne dépassaient pas les 50$ alignés qui nous faisaient office de mère à l’époque.
Voilà!
Trois jours sur le carreau (je trouve cette expression savoureuse! Je me vois couchée par terre, sur les carrelage de la salle de bain…).
Trois jours alitée.
Trois jours de jeûne forcé, à lire, à me perdre dans le visionnement du film d’après-midi de TQS (savez, quand c’est tellement moche que c’en est captivant…), à me lever tout de même, la tête bourdonnante et l’estomac pris de vertige, pour préparer les repas de ma grande Dix, à lui désinfecter aussi trois fois par jour (la tête bourdonnante et l’estomac pris de vertige) sa jambe transformée par un gros bobo purulent, son souvenir du Tour de l’Île.
Ce matin, en mettant le pieds dans la cuisine, je suis de nouveau prise d’étourdissement en voyant la vaisselle qui a envahi toutes surfaces planes telle une plante tentacule des mauvais films d’après-midi. Nous déjeunons tranquille, à la table. Je me sens mieux. Je mange un bout de pain et un fruit.
Avant de partir pour l’école, Dix me lance:
-Maman, aujourd’hui ton défi sera de faire la vaisselle!
Ah! Ce qu’ils sont avenants ces enfants!
Au milieu de la vingtaine, je suis tombée sur un extrait du discours de Nelson Mandela lors de son intronisation en Afrique du Sud en 1994. Je l’avais recopié sur un bout de papier et l’avais affiché sur le frigo où il y est resté longtemps. En faisant le tri de mes boites de paperasse, j’ai redécouvert le petit bout de papier écornée qui avait été très significatif pour moi à l’époque:
Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. Nous nous posons la question: qui suis-je moi pour être merveilleux, brillant, radieux, talentueux? En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être? Vous êtes enfants de l’Univers (le mot original étant Dieu, je l’avais changé pour les besoins de ma cause). Vous restreindre vivre petit, ne rend pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter l’insécurité des autres. Nous sommes nés pour rendre manifeste l’Univers qui est en nous.
Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus: elle est en chacun de nous, et au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.
En nous libérant de notre peur, notre présence libère automatiquement les autres.
Aujourd’hui, je me suis mise toute belle. Je suis en route vers l’école de Dix à qui j’ai promis un pique-nique ce midi.
Il y a quelques semaines, nous avions discutés sur ce banc. Il m’avait subtilement glissé qu’il était séparé depuis deux ans, qu’ils s’entendaient pour le mieux avec son ex et partageaient la garde de Mona leur petite fille de onze ans. Il y a cinq ou six ans, j’avais sympathisé avec le couple dont la petite avait été brièvement l’amie de Dix.
On avait discuté de sa carrière qui allait pour le mieux.
-C’est pas tous les jours facile la musique, mais je ne changerais pour rien au monde.
-De toute façon Normand, je dis en taquinant, c’est pas à ton âge que tu changeras de métier.
Il rit.
-T’as bien raison, c’est pas à quarante-sept ans que j’apprendrai un nouveau métier.
-Tu n’y peux rien, c’est la musique qui t’as choisi!
On rit un peu. On est content d’être là.
-Coucou!
Ma bonne amie Renée Ann se tient devant moi avec sa petite fée nouvelle-née dans ses bras. Je sors de ma torpeur.
-Prête pour le pique nique? Qu’est-ce que tu dis du petit parc à côté?
Je vois sortir la petite Mona fille de musicien, par la grande porte d’où se déverse soudainement tout le contenu de l’école. Elle quitte la cour avec une amie, pas de papa en vue. Dix et Morgane, une des filles de Renée Ann, se détachent du flot et s’avancent vers nous.
Je quitte mon banc pour accueillir les filles.
Cher journal, on s’en reparle bientôt veux-tu?
.
En pensant à toi cher ami
Otra vez he de atravesar
Es el viento que me manda
Que me empuja a la frontera
Y que borra el camino
Que detrás desaparece
Me arrastro bajo el cielo
Y las nubes del invierno
Es el viento que las manda
Y no hay nadie que las pare
A veces combate despiadado
A veces baile
Y a veces… nada
Bajo el cielo
Bajo el cielo
Es el viento que me manda
Bajo el cielo de acero
Soy el punto negro que anda
A las orillas de la suerte Aujourd’hui je traverse la frontière Sous le ciel Sous le ciel C’est le vent qui me commande Sous le ciel acier Je suis le point noir qui avance Aux abords de la chance A las orillas de la suerte…
Il a fallu que je me perde
Pour arriver à tes côtés
Je remercie tes bras
De m’avoir atteinte
Il a fallu que je m’éloigne
Pour arriver à tes côtés
Je remercie tes mains
De m’avoir supportée
Il a fallu que je me brûle
Pour arriver à tes côtés
way baby
.
Toutes voiles
Un corps souple et patient. Un regard qui en dit long comme la mer, coi.
Je divague, c’est le cas de le dire, je vague, je vogue, je m’envogue.
Douze singes
C’est à mon tour d’être dans la vague, submergée de petites tristesses bien réelles en couches superposées. C’est que j’ai plusieurs raisons valables d’être triste.
je tendais la main pour rescaper tes ballons d’anniversaire, je n’avais pas peur. Comme je grimpe aux arbres depuis mon enfance, j’ai l’habitude de tomber.Bonne fête mon ami, je t’aime.
Ma grand-mère se barbouille les yeux et les joues, elle a tendance à exagérer sur le rouge à lèvres à la manière des petites filles, ça lui donne l’air d’avoir quatre ans.
Elle s’habille comme une poupée mal fagotée, la robe à pois de l’autre, la plus mince à qui lui manque un bras, ça ne lui va pas du tout. Parfois elle sent le pipi. On ne lui dit pas, on ne lui dit presque plus rien. Tu me l’as déjà dit Mamie. Quoi? Non c’est pas le moment de partir, reste tranquille on te dira quand ce sera le moment.
Je suis partagée entre le désir d’aider cette femme frêle et de la haïr, par principe j’entends, par personne interposée si on veut. Je regarde cette femme amoindrie par le retour à l’enfance et mes sentiments sont confus. J’ai envie de lui cracher mon vide au visage, au lieu je caresse sa joue, m’attarde un instant, l’aidant à enfiler son manteau.
Je n’ai pas besoin de regarder derrière moi pour voir que la souffrance a existé, je n’ai pas besoin qu’elle m’en parle et insiste, tu m’entends! Les mots sont inutiles, je sais tout ça, j’en suis le résultat génétique, coule de source. Cette misère qui s’est léguée de mère en fille depuis plusieurs générations, je la porte en moi comme une rivière qui ne s’essoufle pas. Je souffre pour ma mère, je souffre pour ma grand-mère, je souffre de ce gêne de non-amour qui s’écoule en moi, en réseau complexe.
Ma grand-mère vénérait son fils. Son cadet et seul mâle de quatre enfants. Ses trois filles, non, pas vénérées, aimées tout croche, un peu, par conditionnement.
J’aimerais croire que cette femme fragile ne soit pas le monstre qu’elle a été. Que cette femme retournée à l’enfance, en faisant marche arrière, de ses petits pieds traînant a effacé du même coup ses pas sur la route, que peut-être lui caressant la joue, elle poussera grandit, aimera, désormais aimé.
La voiture avance sur l’autoroute et ma tante ne cesse de parler mais je l’écoute à peine. Je me suis souvenue aujourd’hui en acceptant son invitation à dîner pourquoi je fuyais les réunions familiales.
Bonjour, je te présente ma blonde J. Bonjour J., je suis la fille de Y. que j’ai du préciser en la voyant froncer les sourcils, cherchant. J. fait partie de la famille depuis un bon moment mais évidemment n’avait jamais rencontrée le fantôme que je suis devenue pour la branche maternelle de mon arbre. Branche maternelle, quelle ironie. Existe-t-il véritablement un arbre qui ne produit que des fruits tuméfiés?
Je suis un fruit tombé à côté de l’arbre fort de l’anamour.
Je suis la fille de Y.
Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas la fille de Y. Dans la vie de tous les jours, je suis cette enfant fille devenue femme qui n’est la fille de personne. Je ne suis l’enfant de personne comme on dit pourpre aux joues voici mon fils, voici ma fille, Ôui c’est la mienne, oui et Ô que Ah! elle est belle. Je suis la fille de Y. s’entend comme bonjour j’ai été une enfant époussetée à la hâte, le résultat tangible le plus récent d’une longue lignée d’ananour, je suis née au bord du lit, dans le cri qui glisse en même temps que l’enfant sur l’étal des enfants mis au monde par mégarde, ou par défaut peut-être, à défaut de, par désir au plus crisse de mettre fin au manquement, à la béance, comme un événement cathartique, qui sait, peut-être, il faut croire, y voir une issue…
Par mon refus qui prend racines dans mes seins, qui coule de moi à ma fille comme une soupe chaude, un remède à fendre le mal en deux, à nourrir la terre, j’ai la certitude que ce gêne d’anamour prendra fin avec et par moi. La dernière sur la liste.
Je suis cette enfant fille laissée sur le palier que j’allaite doucement, tiède et mesurée en berçant, lovée dans le maternage et les landes irrigués de mon
nos voeux à pieds à terre dans nos mains
endimanché l’un de l’autre
un vêtement usé qu’on aime qui glisse à l’aube de tous les jours
sur nos corps simples
assouplis
à force
Le monde respire
montre du doigt
partout
la vie est vaste
Le bonheur est un risque ultime.
Cet autoportrait de Ré est est ma photo préférée.
Un extrait d’un article:
Je l’ai vu pour la première fois lors de la « Fête de la Révolution » le 7 novembre 1933 à l’ambassade soviétique où le Tout-Paris intellectuel se rencontrait. Il rentrait d’un reportage en Union soviétique et m’a dissuadé de partir à Moscou. J’avais alors une amie, dont le mari était rédacteur en chef de la « Pravda » et j’étais prête à mettre mon projet à exécution. « En partant, vous signez votre arrêt de mort », m’a-t-il dit. Je suis restée et on ne s’est plus quitté. En 1937, je suis devenue Mme Soupault. Je l’accompagnais lors de ses reportages, et c’est ainsi que j’ai appris à photographier. C’est devenu une passion. Mais c’est l’école du Bauhaus qui m’a appris la liberté du regard. Puis, il y avait l’influence des amis comme Fernand Léger. Avec Léger, Man Ray, Max Ernst, Giacometti, on s’est retrouvé tous les jours au « Dôme » à Montparnasse. C’était notre « salon ». Plus tard, pendant la guerre, nous avons habité dans l’appartement de Max Ernst à New York. Mais c’est une autre histoire. Avant, il y avait notre aventure tunisienne.
J’ai trouvé pays dans l’ove fleuronné de ton cou
pays de fleuves traversant ton épaule au printemps
pays aux effluves
de forêts d’épices et d’arbres forts
de femmes ambrées venues s’y déposer
au goût maternel de quelques larmes perdues à l’horizontale
Cinquante printemps, imagine! Ça fait beaucoup de jeunesse emmagasinée, n’as-tu donc jamais pensé à ça?
En vérité, il n’y a qu’un seul printemps dont il faut honorer le parfum et c’est celui dans lequel nous avons pris racine ce matin
4 avril 2007
Lettre à D. Histoire d’un amourAndré Gorz, Viennois né en 1923, réputé intellectuel de gauche à Paris, dans un récit paru l’année dernière, rend hommage à sa femme:
Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse, désirable. Cela fait quarante huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais.
Tu étais condamnée à être forte parce que ton univers était précaire. J’ai toujours senti ta force en même temps que ta fragilité sous-jacente. J’aimais ta fragilité surmontée, j’admirais ta force fragile. Nous étions l’un et l’autre des enfants de la précarité et du conflit. Nous étions faits pour nous protéger mutuellement contre l’une et l’autre. Nous avions besoin de créer ensemble, l’un par l’autre, la place dans le monde qui nous a été originellement deniée. Mais, pour cela, il fallait que notre amour soit aussi un pacte pour la vie.
J’ai toujours beaucoup aimé cette photo en noir et blanc. Ce n’est pas Gorz, ni D. Ça aurait pu.
J’étais un écriveur. L’écriveur deviendra écrivain quand son besoin d’écrire sera soutenu par un sujet qui permet et exige que ce besoin s’organise en projet. Nous sommes des millions à passer notre vie à écrire sans jamais rien achever ni publier.
Tiens tiens…
Ce matin dépassait de la boite aux lettres une grande enveloppe brune: Collège de Rosemont. En équilibre sur mon lundi, je laisse mariner la nouvelle sur la table de la cuisine. Si la réponse était négative, ne serait-il pas inutile qu’elle se retrouvre dans une enveloppe si géante? J’imagine un immense NON impliable, rigide, qui fait toute une page…
Une cinquantaine de Québécois seulement chaque année sont reçus à l’école d’acupuncture.
Ça y est. Je retourne sur les bancs d’école. Et dans trois ans, je revêtrai une longue chemise blanche pour faire des pics pics aux êtres en quête d’équilibre.
Mais voilà que surgit une autre femme. Je commence à avoir l’habitude, n’y a-t-il pas toujours une femme derrière un homme?
Je commence à croire que ce n’est pas seulement littéraire…
Femme qui souvent, me voyant errer comme Sulfure dans les parages, réaffirme soudainement ses positions en quelques territoires soufflés par l’abandon.
Je ne veux pas grand chose, en fait, pas plus que les autres. Je veux être choisie.
Qu’on érige son drapeau dans mon lit! Je serai parfaite en femme conquise, je le sais.
Érosion lente et appliquée.
Depuis quelques temps, je fais des allers et retours vers mes seizes ans à travers les livres de mon adolescence que je relis comme une réminiscence des journées entières livrées aux carnets blanc, en pyjama dans mon lit, odeur de ma chambre, la faim, une pensée fugace, un rêve aux couleurs saturées.
Dans Une prière pour Owen, John Irving fait dire à son héros Owen:
Un printemps en Chine
J’emmène Lorca dîner hors de l’école dans une cafétéria chinoise où l’on sert des sushis, des rouleaux impériaux et des nouilles dans des cabarets en plastique. À la fin du repas, Lorca me fait part de ses constatations:
- Ici ils ne savent pas ce que c’est qu’un biscuit chinois.
-Ah non?
-Non… Chaque fois que j’en demande un à la serveuse au comptoir, elle est toujours embêtée et finit par me pointer chacun des biscuits, son doigt en point d’interrogation: les gros jaunes ronds? Les tout coiffés de coconut? Pour finalement me présenter les petites coquilles avec un message à l’intérieur, les vrais biscuits chinois, quoi.
Inspirée, elle philosophe:
Elle craque le biscuit qui laisse apparaître sa petite langue blanche.
-Étez spontané. Be spontaneous… Ça veut dire quoi spontané?
-Spontané… Euh… C’est quand par exemple on fait les choses au moment où l’on en a envie.
Elle est toujours satisfaite de mes réponses, la gamine. Lorca me fait entièrement confiance.
En la quittant au coin de la rue qui mène à l’école, on se bécotte comme des petites chinoises.
-Tu feras le reste toute seule, Lorca?
-Pas de prob, je le fais tous les matins,qu’elle dit tout en relevant le sourcil. Salut!
Et la voilà sautillant d’un pied à l’autre, s’élevant dans les airs à chaque bond, propulsée, la Lorca, dans son grand corps qui grandit.
Il faut toujours suivre les conseils des biscuits chinois. Lorca a compris ça il y a longtemps.
Pour ce dernier, je ne sais pas quoi en penser. Que de plaisirs à assouvir dans la futilité!
Comme vous semblez manifester un intérêt pour mes lectures, je vous donne quelques titres que j’ai lu dernièrement, mes préférés:
Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver, une mère confronté aux monstruosités de son fils, très inquiétant comme livre, vous avez surement déjà entendu parler.
Les trois modes de conservation des viandes de Maxime Olivier Moutier, avec une superbe sensibilité, un homme dans la trentaine papa de famille parle de ce qu’il vit, c’est un hymne à la vie quant à moi, bien que plusieurs critiques y aient vu une difficulté à la vie de famille. De la grande littérature.
J’étais derrière toi de Nicolas Fargues, un homme en visite chez ses parents en Italie et marié à une femme explosive (les scènes de ménage et de bagarres sont savoureuses) tombe amoureux d’une jeune Italienne.
De terre et de feu de Jean-Noël Pontbriand, grande poésie toute nue.
Et mon préféré de tous les temps, Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel, un jeune adolescent atteint d’une maladie mortelle raconte ses dernières semaines de vie et fait le bilan de sa courte existence. Chaque mot est magnifique, chargé d’une image qui s’enracine.
Voilà, mission accomplie.
Si tu avais été ici, je nous aurais invités à manger quelque part, et j’aurais fini par manger dans ton assiette, ça m’aurait changer les idées.
Il est tellement rare que je recoive une lettre de papier, encore moins un coli. Même ma fille était toute excitée. Je déchire un petit bout du papier brun.
-Oh! Maman, je pense que je sais ce que c’est! Tu vas être contente! C’est des livres!
-Oui, je le savais. Je les attendais.
-C’est gentil hein maman? Trois beaux livres de ton ancien professeur! J’adore les colis!
Dans cinq minutes, direction mon lit avec Taches de Naissance. Si je me décidais pour un troisième chat, il s’appellerait comme ça.
Je suis vieillie, moins douce, moins obligeante, moins obligée.
Réalité québécoise
Dans la Presse, en ce samedi 3 mars.
Lors de tempêtes, Urgences-Santé observe une hausse des problèmes cardiaques et respiratoires. “On recommande aux gens de ne pas pelleter comme des malades”, précise M. Champagne, porte-parole d’Urgence-Santé.
Promenade sur Mars
Étendue promenade à travers parcs et minces trottoirs, rues désertées, petites rues, des gens heureux comme moi de marcher dans la tempête, qui me regardent, en souriant largement, impression de solidarité j’imagine qui s’éveille…
J’arrive enfin à destination, un couple d’amis m’attend pour un café d’après-midi.
Je fonds sur le plancher de l’entrée. Je suis une survivante.
-Encore heureux que ton maquillage ai tenu han!
-Ah oui? Mon maquillage a tenu? J’avais oublié que je m’étais maquillée!
Petit coup d’oeil dans le miroir pour me rendre compte que mon mascara a joué d’estampillade me laissant deux soleils à grands grands rayons tout autour des yeux, sans parler du khôl qui sillonne vers le bas, direction les joues.
Je me repasse en tête tous ces gens croisés sur le chemin, et je me revois leur renvoyant leur sourire, candide.
Tu l’as regardé traverser le parc en face de la maison, un vieil amant qui sent bon les arbres, dont l’âge s’immisce doucement sur son corps. Tu l’as regardé prendre le pas vers son pays, s’en retourner chez lui, bien au-delà du parc, de l’autre côté de l’océan.
Tu aimerais bien qu’on vienne vivre dans ton pays, dormir dans ton lit. Tu y penses parfois. Tes os sont las de se coucher seuls, indéfinitivement dans le même ordonnance. Et puis, tu as la peau trop douce pour dormir en solitaire, c’est ce qu’il te dit souvent, comme pour s’excuser que tu tiennes à lui à travers ses absences.
Il pleut
ton humeur de la journée
ta soupe du jour
ta saveur de la semaine écrite en grosses lettres manuscrites sur une affiche écornée dans la vitrine sale de l’hiver.
Le café se répand dans ton corps comme un brûlot acide.
La petite chatte trouvée hier sur le trottoir s’est blessée l’oreille. Dix, gracile dans son pyjama, la bichonne un peu, lui change les idées pour qu’elle ne se gratte pas.
- Est-ce que maman on gardera le chaton si on se rend compte qu’il n’est pas gentil?
-Ben non, Dix, on ne le gardera pas.
-Parce que s’il n’est pas gentil de toute façon on ne l’aimera plus!
Si ça pouvait être si simple.
La vue de la purée de pomme de terre au frigo, le restant de riz d’il y a trois semaines, l’odeur des matins à venir. À quoi ressemble une vie dépouillée de l’amoureux, de l’amant, la vie toute nue comme deux petits enfants serrés l’un contre l’autre dans le même lit? Après quelques semaines, ce qu’il te reste surtout de lui est le grain de sa voix dans ton oreille, ces petits grains qui s’échappent et glissent un à un sur ta peau. Tu le revois cherchant ses lunettes que Dix s’est amusée à cacher, à demi sorti du lit, comme atterri inopinément dans son vieil âge. Quel temps fait-il là-bas, chez lui? Les femmes portent-elles des manteaux de bêtes?
Ici, il fait plutôt froid, mais tu le remarques à peine.
Pour l’instant, tu te baignes à la piscine intérieure avec ta fille dans vos vieux maillots de bain décolorés par l’été.
La petite part demain pour Cuba avec son papa et la nouvelle petite famille. Chaque fois qu’elle revient de la mer, Dix, ses longues mains de musicienne sont douces comme une pierre, polies par le sel et le sable.
Le soir avant son départ, vous avez dormi toutes les deux dans la nouvelle chambre, la chambre d’ami,
la pièce du milieu,
le lit disposé au milieu de la pièce, à même le sol,
sans structure, sans bruit,
comme dormir sur la ouate, fenêtre ouverte,
il fait chaud dans cette chambre, tu t’endors vite, avec un peu de fièvre.
Parfois ta fille et toi, vous vous ennuyez de son frère, ton fils. Alors vous enfilez, toi ce matin, une paire de ses chaussettes, elle, son petit manteau de printemps sport qui lui donne une allure de garçon efflanqué. Vous riez de bon coeur, c’est souverain.
On aimerait croire que c’est toujours la joie mais ce n’est pas le cas. Je peux par contre vous dire qu’il y a de ces tristesses qui démaladisent, de celles qui s’apparentent à une pluie qui fouette le visage quand vous vous promenez à vélo et que le vent si fort fait avancer votre vélo comme par magie, le moindrement que vous donnez un ou deux coups de pédale et que vous gardez le cap.
J’avais à peine mentionné jusqu’à présent que tu avais un fils de onze ans.
-Pourquoi ce ne serait pas le tour de papa pour les dix prochaines années?
Il est intelligent, ton fils.
Tu ne veux dorénavant que les grandes choses de la vie, que tu me disais hier en arrosant les fleurs de la salle à dîner. Une vie tissée de petits tapis très fins pour t’assoupir un peu. Un immense ballon rempli de souffle chaud posé à tes pieds, t’ouvrant la porte d’une nacelle d’osier solide.
Ne pas avoir peur des petites morts.
Life is so simple.
Faites preuve d’intelligence et de créativité.
Ne fuyez pas. L’épreuve aurait été vaine.
Autant de messages que de petits biscuits chinois.
De petites morts en petites morts, tu m’as demandé où nous allions tous ainsi.
Tu as enfilé tes petits souliers de printemps et tu es parti.
janvier 06
À l’émission Découverte ce soir: des conseils pour augmenter vos chances de survivre à un écrasement d’avion.
…
Je crois que nous ne nous sommes pas choisis. Je pense que notre rencontre était inévitable. On nous as mis sur le chemin l’un de l’autre, et On s’en est lavé les mains comme On fait quand il se débarrasse de petites miettes collantes. Ne nous restait plus qu’à faire le reste. Le reste, quelques pas, chacun. Tantôt lui (il est entré dans la petite salle de projection vidéo, a attendu que la place à mes côtés soit libérée, s’est assis en silence, longtemps, patient), tantôt moi (mon sang bouillonnait rien que de sentir sa présence, je n’avais pourtant rien ordonné, sans me tourner vers lui, je lui ai demandé s’il parlait français et lui ai élaboré mon appréciation de l’oeuvre que nous regardions).
En s’assoyant, sa façon de croiser la jambe, de déposer sa main sur sa cuisse, paume ouverte, racé, calme, sa main hâlée, déjà douce.
La salle, petite, est plongée dans l’obscurité. Les murs sont blancs, le banc longeant le mur de l’entrée, large pour trois personnes, est également blanc. Au mur opposé un grand écran sur lequel est projetée la vidéo d’un champ à la campagne. La caméra est fixe. Sans les voir, on entend les camions et voitures passer à droite de l’écran. Le vent joue dans les herbes jaunes et vertes. Il ne s’y passe rien d’autre. Ce n’est qu’au bout de quinze minutes qu’une vache passera tranquillement. Nous sommes assis dans un silence tangible. Nous partageons ce long silence comme notre premier lieu commun.
Mes premiers mots jaillissent dans l’obscurité, comme un filet dans sa direction. Je m’en voudrais de le laisser partir.
-Ça me fait réfléchir au fait que, vivant dans un monde de plus en plus loin du réel, en tant que citadins surtout, l’art n’est plus, comme dans les années soixante-dix par exemple, la représentation d’un extra ordinaire mais bien de l’ordinaire, du quotidien, de la réalité.
Je passai tout ce mercredi des Cendres avec cet inconnu pour ne le quitter que très tard le soir.
Quelques jours plus tard, me promenant sur internet, je tomberai sur sa propre description de son travail présenté, il y a quelques années, dans une galerie de Québec; une phrase entre autre:
Trop habitués à mettre l’art sur l’art et à l’associer à quelque chose d’extra-ordinaire, nous oublions que l’art est déjà fait. Il se trouve partout, tout le temps (…).
Les cinq autres étages de galeries d’artistes, d’ateliers, une à une, toutes, épier par la fente de la porte qui sert à glisser le courrier les expositions en chantier, décider de revenir le vendredi suivant pour les vernissages. Ensemble, comme un état premier.
Ce derrière d’escalier que j’ai nommé le fumoir il y a plusieurs années, la barre, la grande fenêtre, la vue sur l’église, les vieux murs décatis.
-Je venais souvent ici quand je fumais encore.
Moi en train de mimer le fait de fumer et faisant quelques exercices à la barre qui sert de garde à la grande fenêtre.
Une salle d’exposition déserte, avec un petit bureau déserté lui aussi, une table, une chaise ronde, une plante, une fenêtre derrière, la musique classique qui sortait d’une porte ouverte à côté, le béton craqué, les vieilles poutres, superbe.
Deux heures avant, chez La Baie. Je demande à la vendeuse-parfumeuse pour essayer Flower, de Kenzo, elle voit bien que je manigance, que je veux profiter de l’échantillon gratuit pour ne pas avoir à acheter un flacon, que si ça se trouve ça fait des années que je me parfume de cette frangrance, elle n’en a plus, d’échantillons, qu’elle me dit. J’insiste. Exaspérée, elle me donne un échantillon d’un autre parfum. Je suis déçue, pas du tout celui que je voulais. En sortant de La Baie, je me débarrasse de l’emballage, je regarde la petite fiole, Amour, de Kenzo, et m’en vaporise négligemment un peu dans le cou avant de la glisser dans ma poche de manteau.
Je continue ma promenade au Centre-Ville. Ste-Catherine. Les trottoirs sont bondés, c’est une superbe journée ensoleillée. Il y a des semaines que je suis encabanée. J’en profite. Je me rend au Belgo. Devant la porte j’hésite. Et si j’y rencontrais l’homme de ma vie? Je prend l’ascenseur qui me monte au cinquième étage. À ma sortie de l’ascenseur, je me dirige sans hésiter vers la gauche, première galerie. J’y entre, l’expo ne m’intéresse pas, je me dirige vers le fond de la galerie sachant qu’il y a une petite pièce adjacente. Je croise le regard incendié d’un homme qui lève les yeux d’un pamphlet d’appel de soumission.
-Lucille va venir nous parler de sexualité en classe.
-Ah! Oui? C’est qui Lucille?
-L’infirmière de l’école.
Elle fait une pause et reprend.
-Un jour, elle est venue nous parler du vaccin contre l’hépatite B et elle nous as pris les quatrième année dans un coin et elle nous a expliqué qu’on pouvait attraper cette maladie quand on a des relations sexuelles ou quand on se reproduit, et elle nous a expliqué tout en détail, là c’était dégoûtant, comment on se reproduisait. J’ai pas trouvé ça très intéressant.
Perplexe, je suis.
*Renvoi à un succès pré-pubère terrible des Trois Accords
N’empêche, j’ai fait un bon bout de chemin à travers ces exercices. M’étais-je éloignée de moi-même pour apparaître nouvelle, ou, avais-je délaissé celle que je suis devenue pour apparaître moi-même, telle que j’étais à quatre ans quand je marchais sur la route de campagne devant chez moi?
Il y a treize ans aujourd’hui, mes deux mains puissantes et volontaires sous tes petits bras glissants, j’ai mis un point final à ta vie dans mes entrailles. Après plusieurs heures d’hésitations, faux-fuyant, la douleur en chiffon, je me suis enfin résignée. Tu as pris mon sein tout naturellement, sachant d’ores et déjà ce qui était bien pour toi, ce dont tu avais besoin.
Dans ta façon d’être si suffisant et indépendant, puis-je y voir l’idée que tu as fait totalement tient ce monde qui t’a été offert?
Bon anniversaire ingrat de fils!






